Next Age

13 septembre – 26 septembre 2024

 

 

 

 

 

 

NEXT AGE

Exposition
Du 13 septembre au 26 octobre 2024

> Charles-Arthur Feuvrier <

 

Rassemblés sous le terme “New Age”, les mouvements néo-religieux occidentaux de la fin du XXème siècle prônaient le développement personnel comme moyen d’atteindre un nouvel âge de conscience collective et de bonheur. Dans leur sillons désillusionnés, boostées par le capitalisme numérique, de nouvelles formes de spiritualités nourries par la désinformation (complotisme, alternative facts, fake news, deep fake) et la polarisation des opinions que génère la personnalisation des contenus (Intelligence artificielle et traitement de données) émergent depuis les années 2000 sous la terminologie “Next Age”. Ces nouvelles spiritualités s’approprient diverses philosophies orientales (tantrisme, yoga), certaines médecines alternatives, l’astrologie, l’ésotérisme et l’occultisme, ainsi que la psychothérapie et la neurolinguistique, picorant “à la carte” un curieux mélange de croyances et de sciences au service d’un discours essentiellement tourné vers le développement physique, spirituel et souvent financier de l’individu. Informels et multiples, ces discours déplacent la quête de transformation d’une échelle collective à l’échelle individuelle. À partir d’un dispositif éphémère matérialisant les réseaux qui portent leurs messages et les nœuds qui leurs permettent d’émerger, Charles-Arthur Feuvrier transforme les nouveaux gourous-entrepreneurs en monstres tentaculaires. Leurs échos mêlés prêchent des recettes méthodiques d’éveil spirituel et d’accès au bonheur aux allures de plan managérial sur fond de couchers de soleil.

Déployés en demi-cercle, ces discours déshumanisés, incarnés par des bouches artificielles, envahissent l’espace d’exposition autour d’un point central occupé par le.a spectateur.ice, contraint.e malgré lui.elle à une position de disciple. Entre éveil et conditionnement, les affirmations parfois contradictoires ici mises en scène reflètent une transformation amorcée dès le début du XXe siècle, passant d’une économie du besoin à une économie du désir centrée sur l’individu dans laquelle le capitalisme numérique et ses nouvelles spiritualités prennent racine. En 1928, Edward Bernays, neveu et fin lecteur de Sigmund Freud, est engagé par la compagnie American Tobacco pour briser le tabou qui pèse sur la consommation de cigarettes chez les femmes. A partir des théories de son oncle et de celles de Gustave le Bon sur «la Psychologie des foules» (1895), il organise une parade de fumeuses dans les rues de New York sous le regard des photographes. Les “torches de la liberté” font la une des journaux et la cigarette devient un symbole de liberté et d’émancipation féminine, augmentant largement les profits de l’entreprise au détriment de la santé publique. L’influence colossale de ce marketing économique et politique se base sur le postulat freudien (le “moi” et le “surmoi”), selon lequel de fortes pulsions sexuelles primitives, chaotiques et destructrices régissent les comportements de chacun.e et doivent être controlées. Cette conception contemporaine du bonheur et de l’émancipation est donc paradoxalement informée par l’idée que l’homme est fondamentalement incapable d’auto-détermination. Choisi par une élite motivée par le profit, l’idéal de développement personnel s’en voit réifié et sa portée utopique, soutenue par l’objectif de produire un “capital humain” à la fois utile et docile. C’est parce que, sous couvert d’éveil à une nouvelle conscience, le Next age est lui-même fondé sur une idéologie née de la manipulation des masses et d’une application douteuse des théories psychanalytiques que l’installation prend la forme d’un rituel sectaire et contradictoire.

Baignée dans la couleur indigo du sixième chakra, celui du 3ème œil permettant l’éveil de l’intuition et la prise de contrôle, l’installation fait également référence aux “enfants indigo”. Ce mythe, en gestation depuis les années 70, prétend que des enfants surhumains, incapables de s’adapter au monde en raison de leur haut potentiel, seraient destinés à le transformer. La description quasi clinique de ces enfants résonne comme la forme positive de nombreux diagnostics contemporains, notamment le TDAH ou Trouble de l’attention, lui-même souvent traités par l’industrie pharmaceutique (notamment la Ritaline dont les ventes ont été multipliées par 40 entre 1995 et 1999). Ces critères, donnent une description vague et générique de ce que serait un enfant indigo dans lesquels chacun peut se reconnaître. Ils suivent un biais psychologique connu sous le nom d’effet Barnum-Forer que l’on retrouve dans la lecture des horoscopes ou la tarologie. Qu’elles se basent sur des fondements mystiques ou scientifiques, ces nouvelles pathologies s’inscrivent dans ce que le philosophe Ian Hacking nomme les « maladies mentales transitoires », dont les diagnostics augmentent temporairement avant de disparaître selon les conditions sociales, économiques, politiques et philosophiques de l’époque comme la monomanie, les délires médiumniques ou l’hystérie.

A l’ère de la surabondance de l’information, il semble logique que le mal du siècle prenne la forme de nouveaux troubles de l’attention. Réels ou fictifs, amplifiés ou non par les industries pharmaceutiques, celles du bien-être ou par les influenceurs.euses Next Age qui peuplent nos écrans, ces troubles et leur spiritualisation témoignent d’une tentative de jonction entre un système validiste qui responsabilise l’individu et sa quête de sens, de pouvoir et de bonheur au sein d’un système profondément inégalitaire. En mettant en scène ces phénomènes mystico-pathologiques et en matérialisant les formes invisibles de circulation d’images et de discours qui le nourrissent, Charles-Arthur Feuvrier révèle les influences réelles qu’exerce l’imaginaire collectif digitalisé sur notre réalité sociale, politique et psychologique.

— «Same-same but different, welcome to the next age » – Antoine Champenois, août 2024 —


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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

« Next Age » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024

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Libérez les légumes

5 avril – 19 avril 2025

LIBÉREZ LES LÉGUMES

Exposition
Du 5 avril au 19 avril 2025

Grégoire Bergeret est né à Annecy en 1988. Diplômé de l’ESAAA en 2005, il vivait et travaillait à Bruxelles. Si le travail de Grégoire Bergeret est protéiforme, c’est parce que son origine est dans l’expérience vécue, par définition plurielle et en grande partie imprévisible. Les pièces qui en résultent semblent être des états de matière soumise aux opérations du hasard, que l’artiste veut seulement rendre tel qu’il l’a perçu, ou qu’il provoque pour inviter l’imprévu dans la partie. Grégoire Bergeret a bénéficié de nombreuses expositions individuelles dont «Fingers in my glass»à The Windows 41 situé à Paris en 2008, « le but n’est pas le but et Ne rien faire, mais que rien ne soit pas fait» à la galerie Papillon à Paris en 2008 et 2011,mais aussi «Osmose, Point commun» à l’Espace d’art contemporain d’Annecy en 2018.Il a également participé à diverses expositions collectives à Paris, Bruxelles, Montreuil, ainsi qu’à l’étranger. Grégoire Bergeret est représenté par la galerie Papillon.

Raoul Bergeret-Kremer, fils de Grégoire Bergeret, exposera quelques dessins à l’occasion de cette exposition.

Julia Kremer est née en 1978 à Livry Gargan. Diplômée des écoles d’art de Perpignan et Cergy-Pontoise, elle vit et travaille à Bruxelles. Julia Kremer se concentre sur les photocopies, explorant les mécanismes de la photocopieuse à travers un protocole de triangulation qu’elle a créé. Elle déforme et découpe les copies pour en assembler les morceaux, produisant des textures fragmentées. Son travail se mêle à la publicité en cours, fusionnant l’art de la reproduction avec la culture de la consommation. En somme, Kremer fait de l’«ultra-publicité », où chaque copie devient un collage de l’instant commercial.

Camille Llobet est née en 1982 à Bonneville. Diplômée de l’ESAAA en 2007, elle vit et travaille à Sallanches. Chaque œuvre commence par une rencontre et un questionnement à expérimenter ensemble. J’imagine d’abord des dispositifs de tournage précis prenant le parti pris de l’expérience filmée et réalise ensuite des montages vidéos et sonores à la fois intuitifs et visant une radicalité formelle. Après avoir exploré l’oralité, le mouvement et la perception humaine comme des territoires de recherche lors de tournages en studio, j’ai déplacé mes protocoles de travail en haute montagne. Cet environnement complexe fait de roche, neige et glace est aujourd’hui en cours de mutation. Une transformation brutale due à l’accélération de la fonte des glaces et des écroulements rocheux qui place un temps géologique au niveau de celui d’une vie humaine.

Thierry Mouillé est né à Poitiers en 1962. Il vit et travaille à Paris. Il coordonne Le Laboratoire des intuitions, unité de recherche en art. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, son travail est présent dans de nombreuses collections publiques et privées. Depuis 1988, il a développé une activité protéiforme dans le cadre de la Fondation mouvante qui se prolonge notamment dans l’invention de modes de collaboration entre artistes et théoriciens aux confins de l’art et de la pensée. Il poursuit actuellement en collaboration avec David Zerbib, philosophe, le projet Dynamograma, projet performatif en multivers, dont les dernières sessions ont été programmées ces derniers mois au Palais de Tokyo, Paris et à New-York. Il dirige la revue Intuitive Notebook.

Fabrice Pichat est né en 1980 à Chambéry. Diplômé de l’ESAAA en 2005, il vit et travaille à Bruxelles. Fabrice Pichat explore ce qu’il appelle des Contre-Hypothèses de Perception à partir de lieux, de matérialités, de temporalités ; que nous pourrions toujours rencontrer et éprouver différemment. Ses installations interrogent les interactions entre les domaines du Tactile, du Visible et du Sonore et plus encore le rôle de la dissociation ou de la superposition de nos sens dans l’acte de percevoir.

Linda Sanchez est née en 1983 à Thonon-les-Bains. Diplômée en 2006 de l’ESAAA, elle vit et travaille à Marseille. Depuis plusieurs années, l’artiste développe un travail plastique entre sculpture, installation, dessin et vidéo. De l’horizontalité d’un plan d’eau à la trajectoire d’une chute, de la liquidité du sable à l’élasticité d’un liant, elle observe des phénomènes existants, les déplace, ajuste leur échelle, leur corrélation, leur durée. Les notions de hasard, d’ordre, de chute et de rapport au temps alimentent sa pratique. Ses oeuvres fixent le mouvement dans la matière, l’écrivent, le mesurent ou le transcrivent. Procédés, opérations, mécaniques et systèmes sont autant de modes de fabrication qui trouvent leur équivalence dans le langage de l’artiste. Son rapport à l’énonciation sous-tend, comme un script, un rapport non autoritaire au matériau en mouvement.

Adrien Vescovi est né 1981. Diplômé de l’ESAAA, il vit et travaille à Marseille depuis 2017 après une longue pratique installée dans les montagnes de Haute-Savoie. L’artiste réinvestit avec des enjeux contemporains la question de la toile libre et d’une peinture pensée à une échelle architecturale ou naturelle. L’importance du contexte dans lequel l’artiste vient installer ses œuvres est pour lui un facteur d’étude incontournable. Adrien compose des temporalités, assemble des couleurs travaillées par l’air (rayons du soleil et de la lune, la neige, pollution), la terre (ocres et végétaux), et le feu (cuissons). Sa manière de coudre est une façon de peindre. Le hasard est son allié.


—David Evrard– 2024—


À chaque seconde, un nouveau son, un nouveau cri, un chant ou une phrase que l’on s’envoie ; je ne sais pas si la chose trouvera un terme, je sais juste que nous bouclons quelque chose, sans nous arrêter. C’est peut-être grave de faire des tours, de ne pas savoir s’arrêter. Nous nous usons à nous écouter. Je perds en audition.

Nos pistes par centaines, et nos CDs gravés qui s’entassent dans des classeurs, transparents. J’ai appris à tout conserver le jour où j’ai compris que certaines choses partaient ; moi-même je me désagrège, chaque seconde est l’occasion d’un archivage.

Moi ou la pile de CD, quelle différence. On en apprend autant dans les deux cas ; il suffit de tendre l’oreille. Pas de différence, aucune toujours.

Dans une combinaison, un tuba, je respire un peu au-dessus de la mêlée et je suffoque quand même. Ce sont nos transpirations qui montent, se condensent, ne nous laissent plus l’espace d’en parler.

J’ai eu du mal à respirer quand j’ai appris qu’on pouvait perdre des choses.

Des molécules d’air qu’on fait trembler. Voilà tout le coeur de l’affaire. Il n’y a pas grand-chose à ajouter. L’essentiel est là. Je ne crois pas les gens quand ils disent qu’il faut se regarder dans les yeux. Tout n’est qu’écoute et je comprends bien que j’ai des sentiments quand mon coeur bat plus vite.

Si je pouvais réentendre le son que je rendais quand j’étais enfant, je serais peut-être en paix.

Je ne dormirais plus, je n’oublierais rien.

Je me souviendrais de tout.

Rien ne mérite de passer à la trappe.

Archiver comme un dingue, comme un fou.

Les disques ont fondu. Ils brillent. Je n’ai pu qu’en sauver un ou deux. Il y a des traces. Il y a des choses qui fondent : le chocolat, la cire, le sable peut fondre, on m’a dit que ça devenait du verre.

Je ne sais pas ce qu’il en est des CDs. Un CD qui fond, qui dégouline, qui brille, qui fait corps avec une surface, qui laisse couler son signal, se déforme, nos vies gravées, des verbatims, qui s’emboîtent, qui s’additionnent.

J’ai regardé le CD fondre, il a fallu une vingtaine de minutes. Il a épousé les rayons. Il s’est donné une nouvelle contenance.

Nos voix, qu’en reste-t-il ? De nos voix qui dégoulinent.

— Martin Hiltenbrand– 2024 —

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Concert de Fumo Nero &  DJ Set de Mewrant

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Performance « Conférence sur la crise » de Morgane Baffier

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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier : Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

«Sans titre»  Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024

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NOBODY CARES THAT PARROTS CAN TALK

12 septembre – 8 novembre 2025

NOBODY CARES THAT PARROTS CAN TALK

Exposition
Du 12 septembre au 8 novembre 2025

>Tristan Chinal-Dargent<

Tristan Chinal-Dargent vit et travaille à Clermont-Ferrand. Il déploit un travail de dessin, de peinture, d’écriture et de vidéo, interrogant notre rapport à la nature, à la violence, à la famille qu’elle soit humaine ou non humaine. Sa pratique alterne entre recherche de terrain et pratique en atelier. Après des études à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes en 2022, Tristan Chinal-Dargent à développé une oeuvre fortement enracinée dans les paysages et les récits des territoires où il a grandi, de la Maurienne au Vercors. Ses recherches se sont nourries de rencontres avec des naturalistes, des bergers, des éleveurs de chevaux, des fauconniers.

Parallèlement, Tristan est à l’initiative de Malus Rivus, une base de recherche en altitude située à Orelle dans les Alpes françaises. Depuis trois ans, ce projet accueille chaque été six artistes pour un temps de rencontre, de création et de siestes dans les montagnes.

Ces oeuvres  ont été présentées :

dans des expositions individuelles à la BF15 à Lyon et à la Serre à Saint-Etienne (2025). Il a participé notamment à des expositions collectives en France et à l’étranger : Au Centre d’art Bastille à Grenoble (2024), à l’Espace Topic à Genève (2023), à la Galerie Paradise à Nantes (2022) et aux Laboratoires d’Aubervilliers (2020).

Tristan Chinal-Dragent à été lauréat des résidences Moly Sabata à Sablon et de l’Abbaye Royale de Fontevraud (2024).


Sabotage. Action de saboter, de gâcher un travail, une tâche.

Manoeuvre, acte ayant pour but la désorganisation, l’échec d’une entreprise1. Il y a une dette à payer. Dans sa série de dessins réalisés à l’occasion de sa résidence de trois mois aux ateliers Vortex, Tristan Chinal-Dargent s’est intéressé à la figure du perroquet. Ou plutôt à son absence au sein de nos imaginaires. Pourquoi omet-on (ou ne nous souvenons-nous pas de) cette évidence ? Le perroquet parle. Aussi étrange et effrayant que cela puisse paraître, il formule explicitement les choses qu’il a entendues et répète. Des choses apprises sciemment à l’aide d’objets – cylindres, cercles, carrés, volumes2 – ou, plus simplement, de manière mimétique, par assimilation et reprise de paroles écoutées. Le perroquet parle puisqu’il cherche à entrer en contact. C’est l’une des raisons de son cerveau surdéveloppé3 au regard d’autres espèces volatiles. Loin de ses congénères, ce mécanisme langagier lui permet d’établir un lien. Sans possibilité de dialogue, il identifie ainsi des contextes précis et imite la voix humaine pour se faire une place au sein de notre quotidien. Il s’adapte et élabore de cette manière, de nouvelles formes de complicité. Inséparables. La majorité des perroquets – que les scientifiques rattachent à la famille des Psittacidés – vivent en couple monogame. La séparation est observée mais rare, puisque certaines perruches partagent leur vie pendant parfois des années. Le perroquet fait partie des animaux de compagnie pouvant vivre le plus longtemps – parfois jusqu’à 30 ans auprès de ses propriétaires. On parlerait presque d’âge d’Homme. Les éthologues affirment que le psittacidé ne comprend pas ce qu’il dit. Il n’acquiert pas de « grammaire » proprement dite – dans le sens d’une pensée abstraite, malléable et soucieuse des mots utilisés – mais répète quand il faut, les interjections enregistrées. La répétition se placerait donc en deçà de la compréhension, loin du ressouvenir et d’une pensée située dans le temps. Les perroquets de Tristan Chinal-Dargent, pourtant, souvent cachés, masqués derrière un arbre ou absents de leurs cages, se souviennent. Ils scandent des phrases appartenant à une mémoire oubliée. Ces voix d’outre-tombe anarchistes et liées à des luttes passées, nous sont adressées. Suivant le fil premier de cette incompréhension mécanique – réelle ou supposée -, les oiseaux agiraient en creux, à la manière d’antennes émettrices assurant le relai entre ces voix évincées et la nécessité présente de les actualiser. Comment donner corps, mais aussi souffle à ces luttes inachevées ? Surtout, comment trouver dans ces mémoires, l’élan et l’impulsion nécessaires à la poursuite de nos luttes actuelles ? Septembre 2025 La présence de ces fantômes est d’autant plus troublante qu’elle se manifeste musicalement, en une animalité anthropomorphique. L’oiseau, souvent symbole de transformation, de mort ou de mauvais présage, se fait ici véhicule de voix ayant oeuvré et lutté politiquement. Au cours de ses recherches, Tristan Chinal-Dargent s’est intéressé au motif de la syrinx, cet organe en forme de Y situé au fond de la trachée et permettant aux oiseaux de parler. Plus précisément, la syrinx, transforme les vibrations de l’air en vocalises, avant qu’elles ne ressortent et ne soient travaillées par la langue du perroquet. La syrinx – organe de la parole donc – est située à l’entrée des bronches, à la jonction de deux chemins distincts que nous serions libres de suivre ou d’emprunter. Sur le psittacidé nous devrions prendre exemple. Le mimétisme signe chez lui différents systèmes de défense – se masquer, imiter son prédateur, se confondre ou s’intégrer à un groupe, feindre sa proie… Ainsi il imite et dialogue pour survivre. Comme lui, nous devrions utiliser ces déplacements du langage – oserais-je dire son sabotage – afin d’élargir nos imaginaires, réactiver nos luttes et les récits qui les accompagnent. Une dette reste à payer me rappelle l’artiste. Par qui ? Pour qui ? Les générations passées ? Celles à venir ? Dans son exposition, le peintre-dessinateur infuse une atmosphère post-apocalyptique peuplée de ruines industrielles désertées4 répondant à des symboles d’explosion – projectiles, pierres, fumées, sabots… Une lutte sourde, active et productive. Si les corbeaux croassent, la perruche elle, cause, jase, siffle et craque, en figure unique de ressouvenir. Plutôt qu’une fin, elle nous offre de nouvelles perspectives frondeuses et révoltées.

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  1. Définition du Cnrtl. Une légende voudrait que le mot « saboter », vienne du fait que les ouvriers jetaient leurs sabots dans les machines en vue des les détruire.
  2.  On trouve sur Youtube de nombreuses vidéos et tutos de personnes apprenant à parler à leurs perroquets.
  3.  Doté de sept parties, le cerveau du perroquet est doté de capacités innées et conséquentes d’apprentissages. Plusieurs travaux scientifiques ont prouvé que chez les mammifères et certains oiseaux, avoir un « gros » cerveau, était la preuve d’une intelligence sociale animale à mettre en place. De fait, pourquoi avoir développé un cerveau demandeur en énergies ? La raison de cette excroissance se situerait audelà de besoins primaires homéostasiques.
  4.  Data centers oubliés, projets d’autoroutes, ponts effondrés, machines manuelles du XIXe… « We don’t throw stones at each other anymore » répète le perroquet, comme une invitation à l’action.

 

— Eva Foucault, 2025 —


— Conversation entre Tristan Chinal-Dargent et Hugo Pernet, 2025 —

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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

« Nobody cares that parrots can talk » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2025

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Reprises

9 mai – 14 juin 2025

REPRISES

Exposition
Du 9 mai au 14 juin 2025

>Mélanie Berger<

Mélanie Berger vit et travaille à Bruxelles. Elle déploie un travail de recherche sur papier autour de la transformation, de l’impermanence des formes et de leur interdépendance. Après des études aux Arts décoratifs de Paris et à la Cooper Union de New York, elle a publié un premier livre (Médée, 2006, éditions Warum) et réalisé de courts films d’animation, pour se plonger dans une pratique sur papier en constante évolution.

Son travail a été montré lors d’expositions collectives et personnelles en France : L’H du Siège, 2024; L’Art dans les Chapelles, 2023; Musée des Beaux Arts d’Arras, 2021; Château d’Oiron, 2017

En Belgique : La Part du Feu, 2022; Été 78, 2017; Greylight Project, 2016-2020

En Allemagne : Institut Français et Opekta, Cologne, 2013; Faroff, 2018

Et en Angleterre : Aspex, Portsmouth, 2010.

La galerie Archiraar à Bruxelles présente régulièrement son travail à Drawing Now (Paris), Art on Paper (Bruxelles) et Art Rotterdam. Elle a obtenu le Prix d’Art Contemporain du département de l’Isère en 2022 et a été nommée pour le Prix Pomona (Belgique) ainsi que pour le Prix Drawing Now (Paris) en 2025.


«J’explore l’impermanence dans le dessin, à la recherche de moments d’apparitions, d’instants subtils où l’informe se met soudain à parler, à communiquer — à devenir image. Les papiers sont pliés, agrafés, découpés à des formats choisis. Posés au sol, je leur applique par gestes successifs de l’huile, des pigments, de l’eau, du kaolin, de la terre, etc., réagissant en fonction des imprégnations, de la chaleur, de l’humidité. Des ensembles d’images apparaissent, des différences et similitudes se créent. Chaque dessin est un matériau à réactiver : son histoire, ses déplacements, imprégnations et mises au noir nourrissent l’ensemble, pensé comme un organisme en mouvement. Ces ensembles sont composés de façon ouverte, permettant la réorganisation perpétuelle. Cette pratique révèle de nombreux parallèles entre processus d’évolution, de transformation du vivant et processus de création : il y est toujours question d’échange, d’écosystème et d’interdépendance. Une façon de rappeler que nos gestes ne sont jamais détachés d’un contexte, mais s’inscrivent dans des systèmes complexes et mouvants.»

— Mélanie Berger —

 


— Andréanne Beguin– 2025 —


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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier : Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

«5 place de la halle 24 350 Lisle, France» Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024

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Sentinelles de la nuit

7 février – 15 mars 2025

 

SENTINELLES DE LA NUIT

Exposition
Du 7 février au 15 mars 2025

>Lola Gonzàlez<

 

Lola Gonzàlez est née en 1988 à Angoulême.

Diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Lyon en 2012, artiste pluridisciplinaire, elle développe depuis plusieurs années un travail à la croisée de la vidéo, du son et de la performance.

Questionnant les notions de collectif, d’engagement, d’amitié, de génération, ses travaux interrogent nos peurs communes et nos espoirs pour l’avenir.

Ses recherches se développent dans plusieurs pays au sein de différentes communautés amicales.

Ses pièces ont été montrées dans de nombreuses institutions françaises et étrangères, comme le MAC de Lyon, le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le MAAT à Lisbonne, le Centre de la photographie de Genève, au Belvedere21 à Vienne, etc.

Elle a été nominée à différents prix d’art contemporain parmi lesquels le Prix Ricard en 2017 ou encore le Prix Meurice dont elle a été lauréate en 2016.

Ses pièces font partie de nombreuses collections françaises, FRACs, MACVAL, Fondation Kadist. Elle est représentée par la galerie Marcelle Alix à Paris depuis 2015.


 

À un moment,

       depuis novembre, août ou juillet

j’ai eu un goût d’incendie dans la bouche,

puis une odeur de brûlé dans le nez

Depuis, il coule régulièrement

.       bouleau, cerisier, étamines et gruaux

on peut devenir allergique à tout moment

Moi je continue de penser que quelque chose

a pris feu, peut-être pas encore,

peut-être pas quelque chose

— « À un moment » Texte de Benjamin Collet, 2025 — (Ouvrage : « la maison croissante ») —


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Conversation entre Lola Gonzàlez & Marie-Charlotte Anstett

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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

«5 place de la halle 24 350 Lisle, France» Sérigraphie sur papier de LolaGonzàlez, 40 exemplaires, 2024

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empire

17 mai – 29 juin 2024

 

 

 

 

EMPIRE

Exposition
Du 17 mai au 29 juin 2024

> André Spartà <

 

« Un dimanche ou un jour férié. Le genre de journée où tout semble s’être arrêté. Il n’a pas de rendez-vous, personne à voir, rien de prévu au calendrier. Une journée de libre. Une journée vide. Il habite un de ces espaces qu’on dit rénové, converti, une ancienne manufacture de savons dont on a oublié la cruauté. Un bâtiment ayant abrité des peines, de l’exploitation, des larmes, de l’intoxication, de la subordination, des dos courbés, des mains tendues de travail. Aujourd’hui le squelette de ferraille, les belles fenêtres cintrées, la verrière, le sol en béton, les tôles, les briques et la tuyauterie apparente ont été neutralisés. Il a bon goût — comprendre celui du confort moderne. Tout paraît bien fonctionner chez lui, l’intensité des lampes est modulable, les placards de la cuisine sont invisibles, il a fait cirer le béton. Du vestibule jusqu’au premier étage, l’atmosphère est traversée d’un minimalisme franc, d’objets de décoration discrets. Un espace d’aujourd’hui, charmant et propret, pour ne pas dire clinique.

Déjà une heure et demie de l’après-midi. Une heure fourbe, qui fait croire qu’on a encore la vie devant soi. Rien de prévu, personne à voir, une journée de libre. La semaine est passée vite, il travaille tard, le loft coûte bonbon et il voudrait faire insonoriser le toit qui bruit à chaque averse. Allongé dans son canapé gris, il essaie de penser à sa vie. On pourrait dire de sonder son âme. Mais avant même qu’il ne parvienne à gratter la surface de son inconscient, son regard attrape un mouton de poussière ; là, juste à côté de la commode qui cache le décodeur TNT. Il n’a pas de télé, mais l’objet était offert avec son abonnement “box internet premium”. Il a aussi un téléphone fixe, non branché, rangé dans un coin de la commode. Il pense à l’ironie du nom de ce meuble dit de commodité, censé rendre la vie plus agréable, finissant par servir de refuge à son matériel électronique, devenu encombrant pour sa paix intérieure, pesant lourd sur son goût du vide. Mais il faut bien se connecter au réseau informatique mondial, toute une esthétique ! Le temps de ces quelques lignes, le voilà déjà à quatre pattes, petit aspirateur à la main, en train de racler les recoins de son living presque vide. Il faudrait acheter un robot laveur. Pulsion de propreté assouvie, il part se reposer du côté de la chambre qui s’ouvre en suite — un critère au moment de l’achat, de même que l’architecture dite atypique. Il prend une douche, balance sa serviette ciel sur le coin de la rambarde qui mène au vestibule. Il ne voit pas que la lumière zénithale accentue les ombres du linge mouillé à tel point qu’on dirait une sculpture.

Assis par terre, il grignote quelques fruits achetés la veille à la hâte, leurs cadavres peu à peu abandonnés à ses pieds. C’est la déprime, il a même tiré les rideaux occultants sur la verrière. On dit broyer du noir. Seulement remarque-t-il que l’ancienne usine toute propre n’est jamais complètement dans l’obscurité. La lumière verte du décodeur trouble sa quiétude, il y a aussi le rouge de l’horloge du four micro-ondes. La couleur lui fait penser aux cerises qu’il a avalées, et au temps de cet après-midi passé à toute vitesse, alors que rien n’était prévu, qu’il n’avait personne à voir, une journée de libre, à quelques détails de ménage près. Une journée passée à ordonner son appartement confortable. Il s’est mis au diapason de son lieu de vie. Et pourtant l’eau goutte toujours dans le vestibule, il y a une fuite. Il ne faut pas qu’il oublie d’aller changer les seaux, comme toutes les deux heures. Tous les matins, l’entrée est mouillée car il ne peut pas assurer la ronde pendant son sommeil, même s’il dort mal : le bruit l’obsède. Il se demande si l’écho de la chute des gouttes est accentué par le métal des escaliers, de certaines parois du loft, et du toit. Il a la sensation que son rêve se retourne contre lui, ça comptait à ses yeux l’idée d’un lieu à soi.

Il s’était dit qu’il avait besoin de temps pour lui, que ça lui plaisait bien d’habiter seul, qu’il était introverti, de ceux qui rechargent leurs batteries sociales dans le secret de leur domicile. C’est raté, il n’arrive pas à s’assoupir, se retourne dans ses draps gris de grande surface. Ça gratte. Il se demande s’il a bien repassé ses chemises pour la semaine. Il se retourne, même les yeux fermés il perçoit, en tâches sur ses paupières, la lumière du four micro-ondes, du décodeur qui clignote. Il a laissé la fenêtre ouverte, un moucheron est passé. Pourvu qu’il n’ait pas pondu ses œufs dans la cuisine, il pense au risque d’une colonisation de parasites. Un verre d’eau d’angoisse à l’évier de la cuisine. En chemin vers le lit, il écrase les cadavres de fruits de l’après-midi : des noyaux, une peau de banane et trois trognons de pommes. Il a l’impression que ses déchets le dévisagent avec mesquinerie, lui rappelant qu’on ne peut rien laisser traîner dans une grande pièce ouverte à l’américaine, confortable, un open space. Il n’est toujours pas dans ses rêves, il va se mettre en télétravail demain, il est trois heures trente. La nuit n’en finit plus. Il n’avait pourtant rien de prévu, personne à voir, du temps libre, pour lui, une journée vide, l’occasion de voir venir. Tout était possible. Seulement avait-il oublié la vie propre des objets ordinaires, le travail d’équilibre que demande un appartement de bon goût, tout est visible, les contraintes du confort moderne, les ennuis que c’est de mener cette vie-là. L’ascendant des objets qu’on oublie de regarder, ceux qui nous surveillent, ceux de tous les jours. Ça se pèse un tel pouvoir invisible, c’est l’agencement des jours, leurs dispositions. Ça compte dans la balance des inquiétudes. Tout pondérer, tout organiser. Il tourne en rond. Il étouffe. Le dimanche, la vie en pire ».

 — Rémi Guezodje,  « Un monde en pire », 2024 —

 


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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

« sans titre » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024

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PROXI

8 mars – 20 avril 2024

 

 

 

 

PROXI 

Exposition
Du 8 mars au 20 avril 2024

> Karim Kal <

 

« Depuis le début des années 2000, le travail photographique de Karim Kal suit une évolution continue, méthodique et réfléchie. Dès ses Images d’Alger, la rigueur du cadrage, la sobriété documentaire, le choix du décor plutôt que de ses habitants sont déterminants. Ces éléments, combinés à une utilisation très personnelle et radicale de l’éclairage donneront lieu ensuite aux séries ultérieures, réalisées à la maison d’arrêt de Villefranche en 2012, au centre hospitalier de Chambéry en 2013, qui s’affranchissent de plus en plus des détails et affirment l’utilisation du noir et blanc. Au tournant des années 2013-15, ses oeuvres embrassent l’abstraction avec encore plus d’évidence : prises de vues nocturnes, rejetant la majeure partie du réel dans l’obscurité et tendant à une forme d’épure universaliste. La série Entourages (des plans frontaux sur des passages sous des barres d’immeubles, ou la série des Issues (photographies de fenêtres ouvertes sur la nuit) laissent au centre de l’image un large rectangle obscur. La Mer à Fort de l’eau, image prise à Alger en 2014, constitue à cet égard un point limite et une oeuvre à la beauté formelle saisissante. L’écume d’une vague est le seul élément visible, traçant une ligne d’eau toute proche dans une nuit profonde, séparant l’image comme le sont les rivages. Et l’évocation du lien passe par le titre, nom colonial du lieu, aujourd’hui nommé Bordj El Kiffan.

La tentation de l’abstraction dépasse tout effet purement formel, car son importance dans le travail de Karim Kal trouve ses sources dans l’histoire de l’art et notamment dans la peinture, où la radicalité géométrique (celle d’un Peter Haley par exemple) établi un rapport psychologique et social avec un environnement urbain normalisé, pensé pour la coercition.

Avec la série Proxi présentée aux Ateliers Vortex, Karim Kal se détourne de l’architecture, de ses images frontales des grands ensembles, des murs et des terrains vagues, c’est-à-dire des signes les plus évidents et massifs de la relégation sociale. L’utilisation d’un flash de très courte portée lui a permis depuis 10 ans d’isoler des premiers plans tellement épurés qu’ils prennent la force de signes. Ici, cet effet d’immersion dû à la proximité semble passer à un stade plus analytique avec le prélèvement direct d’objets, souvent glanés au sol, qui sont ensuite photographiés dans un tel rapprochement que les détails en sont magnifiés. Ainsi, l’artiste opère un passage entre une expérience de terrain, dans un quartier qu’il a lui-même habité, et une minutieuse pratique de studio et de post-production.

Quoi de commun entre une bulle de Nike Air, une canette de bière 8·6 aplatie, une datte, un morceau d’enrobé arraché du sol, un petit monticule de ras-el-hanout ? Un lieu, un moment et une démarche, car les objets photographiés proviennent tous du quartier de la Guillotière à Lyon. Recueillis ou achetés dans les commerces de détail, ils ont été choisis avec soin, comme les éléments indiciels les plus saillants de ce lieu qui cristallise la peur de l’échec des politiques publiques, largement instrumentalisée en 2022 lors de la visite très médiatisée du ministre de l’intérieur.

Urbanisées au milieu du XIXème siècle, ces rues de la rive gauche du Rhône demeurent aujourd’hui ce qu’elles ont toujours été : un point nodal particulier dans la ville, lieu de métissage, d’arrivées et de départs, de possibles, de mouvements. Avec quelques marqueurs d’une planification aux accents haussmanniens, des vestiges d’une activité d’artisanat et quelques immeubles sobres, ce quartier de Lyon semble être le plus parisien de tous, dans sa frénésie mélangée, qui éloigne de l’idée de province pour épouser celle de mondialisation.

Le fond noir et l’éclairage artificiel théâtralisé évoquent les publicités sur papier glacé, avec leurs objets de luxe que sont les montres, bijoux, champagnes et flacons de parfums. Les objets de la série Proxi sont les doubles populaires, réalistes et sans fard de ces objets de convoitise, témoignant eux aussi d’un statut social, mais à travers les usages de la rue. L’approche méthodique, l’isolement des objets, leurs titres purement descriptifs participent à l’aspect documentaire des images,

magnifiées par l’éclairage et un surgissement de détails très abondants. En recourant à une technique de superposition de prises de vues et cumulant ainsi plusieurs plans de netteté, Karim Kal capte un niveau d’information très supérieur au visible et convie à une observation clinique de chaque item, rendant les surfaces et les volumes aussi riches et fascinants que possible. Les transparences, les reflets, le découpage des silhouettes sur le fond, participent à l’effet de réalité saisissant produit par ces portraits d’objets, qui sont aussi transcendés par la vivacité des couleurs, un très fort contraste et un passage abrupt de l’ombre à la lumière la plus crue.

Karim Kal cite dans les sources de Proxi le livre de photographies d’Albert Renger-Patzsch (Le monde est beau, 1928), dans lequel celui-ci joue à esthétiser des bâtiments, des objets manufacturés ou des végétaux, par la composition, le cadrage et une grande précision. Renger-Patzsch met ainsi l’emphase sur d’heureuses géométries, des surfaces gourmandes de lumière, revendiquant une naïveté admirative, à la recherche de la perfection formelle intrinsèque de ses sujets et reprenant cette idée de la divinité du monde chère à Leibniz.

Jouant lui aussi sur la beauté très directe de ces portraits d’objets, Karim Kal nous les présente flottant dans une obscurité totale, un éther qui les isole et les muséifie comme dans une galerie d’ethnologie. Sélectionnés pour leur charge multiculturaliste, leur usage dans des pratiques transgressives ou témoignant d’une classe sociale qui les a adoptés plus ou moins volontairement comme ses signes distinctifs, les objets apportent avec eux le sous-texte d’une sociologie critique qui passe par la radicalité des formes et les choix techniques et esthétiques, comme dans les oeuvres antérieures de l’artiste. Dans une continuité remarquable, ces nouvelles oeuvres nous placent ainsi littéralement au plus près du sujet et trouvent un équilibre dans une dialectique entre documentaire et formalisme. Nous mettant face à ces objets paradigmatiques, Karim Kal en révèle l’intensité absolue, rappelant un slogan bien connu qui s’accorde d’ailleurs à l’accrochage « en affiches » de l’exposition : la beauté est dans la rue. »

 — Xavier Julien,  « En plan serré », 2024 —


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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

« Valium » Sérigraphie sur papier de Karim Kal, 40 exemplaires, 2024

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Journées Européennes du Patrimoine 2024

21 septembre 2024

Installation sonore

Samedi 21 septembre 

> Armand Louet <

 

 

« À travers une pratique de l’écoute, je m’intéresse à l’interdépendance des sons. C’est par un maillage aléatoire et continuellement en mouvement que se dessine un paysage. Quand je pars à la recherche des bruits du monde au sein de milieux naturels, la présence humaine est obligatoire. Alors que la biodiversité s’effondre, le bruit des machines rentre en confrontation avec le milieu naturel, ce qui génère une pollution.

Cinq sculptures en métal diffusent des enregistrements, témoins des pressions humaines sur les milieux naturels. Parfois léger, parfois en saturant l’espace. À travers ces orgues disposés comme une forêt de métal, j’invite à réfléchir sur la présence de l’être humain dans nos écosystèmes.

C’est en parallèle à mon mémoire intitulé « Et si le Bigbang était un Larsen » que cette problématique est née. Comment l’écologie sonore peut devenir une écologie politique.

Bruit du monde est aussi un ensemble de sculpture/instrument. J’utilise sous la forme de concert ces sculptures pour faire émerger les Larsen de chaque tube à l’aide d’un micro. Je travaille avec la matière sonore diffusée ainsi que la capacité résonnante des tuyaux. Cela créait des compositions douces, proches d’un son méditatif. »

– Armand Louet

 

&

Samedi 21 septembre au 26 octobre

> Antoine Château <

 

Les Ateliers Vortex ont initié un tout nouveau cycle d’exposition au rez-de-chaussée. Antoine Château initie ce nouveau programme. Antoine Château vit et travaille à Dijon. Diplômé de L’École supérieure d’art et de design de Saint-Étienne, il a exposé entre autres à Notre-Dame-de la-Salette à Marseille, à Duplex situé à Genève, au Palais de Tokyo, au Manoir (Mouthier-Haute-Pierre), à Bikini dans la ville de Lyon, aux Limbes à Saint-Étienne. À Dijon, il a fait parti de deux expositions collectives, l’une présentée aux ateliers Vortex en 2016 et l’autre, au Frac, en 2017 (La Peinture en apnée) ; il a également bénéficié d’une exposition personnelle à l’artist-run space des Chiffonniers, en 2019.

« Peindre pour essayer de voir autrement. Voir ce que je n’ai pas su voir, pas pu voir, pour une nouvelle façon de voir – (peindre autrement pour voir autrement). Je m’intéresse aux traitements de la couleur, à comment poser la couleur, à ses textures (pour une série de paysages, je cherchai des couleurs-mousse, spongieuses), qui combinées, striées, profondes ou en reflets matérialisent la lumière et ses volumes – images saisissables ayant prises – tactiles, visuelles ou spatiales. »

– Antoine Château

 

« Zweifuß »

20 mars – 18 avril 2026

Zweifuß

Exposition
Du 20 mars au 18 avril 2026

>Grishka Tchernishoff<

Grishka Tchernishoff est né en 1998. Il vit et travaille à Dijon. Diplômé de l’ENSAD de Dijon en 2023, il déploit un travail de dessin, de peinture, interrogant les rapports de force et l’omniprésence de l’oppression, la violence qui guette dans chaque interaction avec autrui, au travail, dans la famille ou dans le cercle proche.

« Le chien, la mâchoire, la dent deviennent des fétiches, des icônes de la volonté humaine afin d’asseoir sa domination sur son environnement. Comment rira-t-on dans les capitales des cendres ? L’ultime satisfaction se trouve dans le rictus volé à l’oeil inconnu : quand les poubelles prennent vie, quand le vacarme d’une machine inutile retentit sous l’action de la main, quand les chiens s’amoncellent sur les murs, secouent la queue, se reniflent et se dévorent.»

— Grishka Tchernishoff, décembre 2025

Ces oeuvres  ont été présentées :

lors des expositions « Sporopollénine », à l’orangerie du jardin Arquebuse, Dijon, « le ciel comme plafond » lors d’une résidence aux ateliers white-Cubi, Dijon et « un après-midi de chien » à l’espace Claude Forêt à Chagny (2023-2024). Dernièrement, il a réalisé l’exposition «Cabot», lors d’une résidence à la Hall 38 à Dijon. Tristan Chinal-Dragent à été lauréat des résidences Moly Sabata à Sablon et de l’Abbaye Royale de Fontevraud (2024).


— Eva Pelzer – 2026 —


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Photographies : © Pauline Rosen-Cros

Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien

Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte

« Sans titre » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2026

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Conférence sur la crise

23 janvier 2025 – 19h

 

« Conférence sur la crise »,
le vendredi 18 avril 2025 à 19h.

> Morgane Baffier <

 

À l’occasion du finissage de l’exposition « Libérez les légumes »,
les Ateliers Vortex ont eu le plaisir d’inviter Morgane Baffier pour une conférence performée.

Morgane Baffier est une artiste conférencière basée à Paris. Elle est née en 1997 et son nom de famille dérive de l’ancien occitan “bafa” qui signifie “escroquerie”, il se peut que cette information soit importante pour comprendre son travail.

Elle élabore toutes sortes de théories et réflexions métaphysiques, les développant jusqu’à l’absurde. Dans une volonté de déconstruction des savoirs, elle s’approprie les codes utilisés dans les entreprises et sphères intellectuelles et tourne en dérision les systèmes de pouvoir et les statuts d’autorités qui conditionnent l’accès à la parole.

Diplômée de l’ENSAPC en 2020. Son travail a depuis été exposé au Art & Design Center de Fuzhou en Chine (2024), au 66ᵉ Salon de Montrouge, Paris (2022), au Théâtre des expositions des Beaux Arts de Paris (2023), à la Biennale de Mulhouse (2021) ainsi qu’à la Graineterie à Houilles en 2023 pour son premier solo show.
Elle est lauréate d’une bourse de recherche en post-master sur les intelligences artificielles à l’ENSP de Arles en 2024-2025, du Prix Marfa en 2023 et du prix MAD en 2022.