LA PASSANTE

samedi 26 septembre 2020

 

LA PASSANTE

Performance
samedi 26 septembre 2020

> Sanja Todorovic <

Les Ateliers Vortex ont convié l’artiste Sanja Todorovic à réaliser une performance inédite, intitulée La Passante. Cet événement fait suite à une invitation de Why Note, sur une thématique arts visuels et créations sonores, avec le soutien du Consortium Museum.

« Une barre centrée sur un podium circulaire est cernée par quatre ou cinq enceintes et autant de thérémines reliés entre eux. Cette connexion produit des sons continus actionnés et modulés par le corps qui évolue sur la barre centrale.
Assignées à fabriquer des sons hybrides, les machines font écho au corps en mouvement.
Dans un paysage industriel, l’inévitable manque de certitude résonne dans un crescendo sonore étiré, à la conquête d’un espace poétique. »

Sanja Todorovic

Lien vers la captation vidéo de la performance

 

NIETZSCHE (AB DEEP CHOPPED & SCREWED VOCAL REMIX)

samedi 14 novembre 2020

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.https://www.youtube.com/watch?v=t4R4iy1kbBE&feature=youtu.be
 

NIETZSCHE (AB DEEP CHOPPED & SCREWED VOCAL REMIX)

Performance
samedi 14 novembre 2020

> Antoine Bozzoli <

Sur une invitation des Ateliers Vortex, en partenariat avec Why Note, Antoine Bozzoli, diplômé de l’Institut Supérieur des Beaux-Arts de Besançon, a proposé une création sonore inédite, diffusée au sein de l’exposition de Maude Maris.

Jeune artiste et musicien électronique, Antoine Bozzoli développe un travail de peinture lié au monochrome. Ainsi, il met en perspective différents points de vue d’une même peinture, à la manière des différents mixs d’un même morceau. D’autre part, il produit des pièces sonores, basées sur des ambiances musicales auxquelles il ajoute des éléments vocaux issus de la littérature, de la philosophie, de l’histoire de l’art. La pièce réalisée aux Ateliers Vortex s’inscrit dans cette modalité de production. Elle est composée en live, à partir de différents arrangements – atmosphères sonores conçues par l’artiste et lecture de Ainsi parlait Zarathoustra en version livre audio.


> Lien vers l’exposition <


APÉRO MULTIPLE V

vendredi 5 juillet 2019

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APÉRO MULTIPLE V

Événement
vendredi 5 juillet 2019

Multiples
> Guillaume Dorvillé <
> Frédéric Houvert <
> Violaine Lochu <
> Cécilia Philippe <

Lancement du catalogue 2012 – 2018
des Ateliers Vortex

> Conception graphique : Atelier Tout va bien <

Programmation vidéo
> Driss Aroussi <
> Julie Chaffort <
> Elodie Collin <
> Laura Henno <
> Ana Maria Gomes <
> Lola Gonzàlez <
> Jade Jouvin <
> Camille Llobet <
> Randa Maroufi <

Musique
> Set de Nicolas Thirion & Baptiste Chatel (Why Note) <
> DJ set d’Alcor <
> Table de ping-pong sonore (Why Note) <


> Télécharger le communiqué de presse <


Photographies : © Cécilia Philippe, 2019

VEOACRF / TERETXIN

16 mai —
29 juin 2019

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

VEOACRF / TERETXIN

Exposition
16 mai – 29 juin 2019

En partenariat avec Interface

> Laurent Tixador <

La galerie Interface et les Ateliers Vortex se réunissent pour proposer une double exposition de l’artiste Laurent Tixador. Comment réunir deux lieux aussi éloignés l’un de l’autre ? Le premier est un petit appartement bourgeois du centre-ville, avec ses moulures, son plafond peint et sa cave troublante. Le second est une ancienne friche industrielle transformée en white cube spacieux, au bout de l’interminable rue de la Stearinerie.

Double défi pour un artiste voyageur, qui n’aime rien tant que travailler en extérieur, constituant ces pièces au hasard des objets trouvés mais jetés par d’autres, puis les laissant dehors, là où elles naissent et meurent. « L’exposition n’est pas mon domaine de prédilection. Investir deux espaces est donc doublement handicapant pour moi » nous confie cet artiste qui fuit les plans trop précis et les conclusions un peu trop anticipées. Comment alors habiter deux lieux si éloignés et si différents ?

Par le train. Ou plutôt, un modèle réduit, qui va sillonner les deux espaces en créant sa propre musique, en actionnant des capteurs sonores situés sur des objets collectés par Laurent Tixador au gré de ses pérégrinations. Celles-ci agissent autant comme des traces archéologiques de nos modes de vie que comme la prise de pouls de l’actualité. Peu avant cette exposition, l’artiste proposait le même dispositif à la galerie In Situ- Fabienne Leclerc à Paris. Les « instruments » trouvés alors reflétaient autant la précarité alimentaire que les troubles sociaux des derniers mois : boîtes de sardines et douilles de grenades lacrymogènes. Associées au petit train qui les amorce, voilà un curieux mélange des obsessions contemporaines, de la « France périphérique » à la contestation et sa répression. Les instruments de Laurent Tixador sont moins choisis que trouvés : il se les laisse imposer à lui le moment venu, mais ils composeront, à chaque fois, une troublante musique du quotidien.

Ici se situe la grande générosité de la proposition de l’artiste, qui refuse d’envisager l’exposition, ni même le geste artistique, comme une appropriation d’espace et d’objet, mais bien davantage comme un échange entre l’environnement et lui. Laurent Tixador ne fait qu’arpenter le territoire, et prend ce qu’on y a abandonné : bois tombés, plastiques perdus, morceaux de métal, etc. Sa récolte prend alors un tour politique : on nettoie nos paysages et nos plages pour faire des sculptures et des éléments d’une installation ; on collecte le carbone suie des glaciers pour le transformer en pigment. Les matériaux de Laurent Tixador ne deviennent pas seulement des artefacts, mais souvent, des éléments d’un mécanisme : ici, des instruments de musique. L’objet ne reste plus figé dans son état de rebut, il se voit réinséré dans le courant de la vie. 

Cette volonté de flux est aussi évidente dans la façon de procéder de l’artiste, qui récuse toute anticipation dans son travail, pour mieux laisser parler les matériaux et les forces invoquées. Pas d’hylémorphisme ici, l’artiste n’impose pas sa volonté conceptuelle à la matière, il l’écoute attentivement, et, en somme, partage une part de l’auctorialité avec les objets, le hasard, la société.

Le geste artistique retrouve alors l’humilité qui fit sa force en d’autres temps et d’autres lieux, humilité que l’on ressent dans cette façon si particulière d’habiter l’espace : au sol, et dans l’éther, par cette musique multispatialisée, invitant le spectateur à habiter tout le lieu. Façon de concilier la contrainte d’un espace clos et le bonheur de l’errance.

Nicolas-Xavier Ferran


> Télécharger le communiqué de presse <

> Conversation du 15 juin 2019 <


Crédits : © Cécilia Philippe, 2019

CARNAIRE

16 octobre —
21 novembre 2020


CARNAIRE

Exposition 16 octobre – 21 novembre 2020

> Maude Maris <

« Le vendredi 13 mars, j’avais rendez-vous avec Maude pour voir ses dernières peintures ; j’arrivai à Malakoff en début d’après-midi. J’étais déjà venue et je me souvenais bien de l’immeuble comme de son étrange façade aveugle. Je sonnai à Maris avant de monter dans l’ascenseur, les mains derrière le dos jusqu’au seuil de sa porte.

En entrant, je ne portais pas de masque ; nous ne nous sommes pas non plus embrassées. Je me suis lavé les mains dans la cuisine, pendant que Maude préparait un café. Son atelier n’avait pas changé depuis ma dernière visite, trois ans plus tôt ; il était sobre, assez austère je dirais, et le volume immense de la salle de peinture m’avait encore surprise après un si étroit couloir : les plafonds étaient hauts, toujours, et la baie vitrée ouvrait sur la terrasse déserte, son ciel. Dans les étagères, s’alignaient de minuscules figurines colorées tandis qu’aux murs, rayonnaient ce jour-là, les grandes toiles carnaires.

D’abord, on a bu un café en parlant du virus, du cours des choses dans le monde et de nos projets bientôt suspendus : Maude se demandait si elle pourrait partir le lendemain, à Istanbul, où sa résidence allait débuter dans un lycée ; quant à moi, j’essayais d’évaluer tout ce que pourraient changer à ma vie bancale une fermeture des frontières, un couvre-feu, un confinement, ou des morts – j’étais alors en vadrouille entre les appartements des plus gentils de mes amis.

Assise sur un tabouret, au centre de la pièce, si vide, je ne savais pas bien où regarder, mais on parlait d’archéologie et de Çatal Höyük, un site Anatolien mis au jour en 1951. Maude m’expliquait que dans ce vaste village néolithique, sans rues, on accédait aux maisons par les toits ; que les morts étaient inhumés sous les planchers, dans les fours, les banquettes, les corps des nouveau-nés ensevelis sous les seuils. Elle me racontait aussi que tous les quatre-vingt ans environ, les maisons étaient détruites et rebâties à l’identique, sur les fondations des précédentes.

On parlait de ça, et d’Alice. Maude m’indiquait le titre provisoire de l’exposition à venir, Flamingo Croquet, qui ranima instantanément en moi les images affolantes du film de Walt Disney : la reine et les têtes coupées, le rouge dégoulinant des pinceaux sur les cartes à jouer. On regardait ses peintures. Si j’avais pu, j’aurais tourné autour. Si j’avais pu les tenir dans la main, je les aurais retournées. Je ne sais pas si Maude les regardait ainsi mais j’avais le sentiment inexplicable qu’elle ne me disait pas tout.

On parlait des motifs, des couleurs et de la technique, et puis de ce qu’elle veut dans la peinture, qui me touche. Maude aspire à peindre ce qu’on ne pourrait pas voir dans la réalité : le détail et l’ensemble. Je me demandais en l’écoutant si donc ses peintures ne relevaient pas de la réalité. Elle m’avait écrit dans son mail : « J’y vois aussi une manière d’être au monde, d’être à la fois en son coeur et de prendre du recul. De vivre un événement émotionnellement et avec distance, d’être dans le corps et hors du corps, une impression constante d’être à l’intérieur des choses tout en y étant extérieure ».

Je ne savais pas si ces phrases énonçaient des considérations théoriques, ou si Maude parlait de son propre sentiment d’exister, et ce flou me plaisait. On parlait de cette vision qu’elle invente ; on en parlait quand son téléphone a sonné. Elle a d’abord regardé de qui il s’agissait ; avant même de décrocher, elle eut l’air inquiet. J’entendais ensuite ce qui se disait à l’autre bout du fil : c’était sa galeriste, je supposais, qui parlait très fort et trop vite, avec un léger accent. Je comprenais que Maude devait prendre un avion en début de soirée, car le lendemain, tous les vols internationaux seraient suspendus. Elle a raccroché, enfin, un peu bouleversée, hésitante. Moi je pensais encore à son mail : « C’est la peinture elle-même qui me permet de figurer le fragment et le tout, de saisir la matière et l’immatériel ensemble ».

Je ne sais plus comment les choses se sont dites, mais tout s’est fait très naturellement il me semble : on a décidé que je resterais chez elle jusqu’à son retour. Maude a préparé ses bagages, jetant quelques vêtements dans une valise, emballant soigneusement son matériel et quelques livres. Elle était anxieuse ; je voyais ses mains trembler en fermant ses sacs. On a convenu que je m’occuperais du chat qu’elle n’avait plus le temps d’emmener chez son ami comme prévu. J’avais quelques affaires dans ma voiture, et je me disais que, pour écrire ce texte, ce serait parfait de vivre avec les oeuvres.

À 18h, Maude quittait précipitamment l’atelier pour l’aéroport ; il faisait encore jour. Le ciel était d’un rose éclatant à travers la baie vitrée. Nous ne le savions pas mais les choses et les gens resteraient là où ils étaient pendant presque deux mois. J’ai commencé par faire des courses, démesurées pour une personne seule, puis j’ai changé les draps et fait le ménage. Mon asthme chronique m’avait rendue absolument paranoïaque vis à vis du virus, mais aussi de la poussière et des pollens, et je ne sortirai pas durant les deux semaines suivantes.

Je décidai de vivre et dormir dans la grande salle de peinture où je trainai le matelas de Maude. Les changements de pièce m’inquiétaient : j’avais le sentiment que quelque chose arrivait dans mon dos. Rester au même endroit atténuait cette impression, désagréable – ma paranoïa. N’étant jamais parvenue à baisser le volet roulant, je me levais avec le jour tous les matins. Je suivais les nouvelles du monde. Je lisais les livres de Maude, en particulier des essais philosophiques compliqués que je n’ouvre pas d’habitude. Je ne voyais pas encore vraiment son travail sur les murs, mais j’avais le sentiment net que ça me regardait.

C’est avec le jour, le cinquième, que tout commença à vaguer visiblement. Je commençais à voir le monde comme les peintures invitaient à le faire, cela allait peut-être même un peu au-delà de ce que Maude pensait avoir accompli. Les objets des tableaux, mes affaires, le mobilier et le matériel se dilataient dans la pièce : leurs contours s’effaçaient sans qu’ils disparaissent – mes regards fuyants les y avaient autorisés. C’était un peu comme si l’extérieur et l’intérieur des choses et des êtres – moi, le chat – se dissociaient et devenaient préhensibles ensemble et distinctement pourtant. Il n’y avait plus de miroir : il avait fondu, disparu, aucun éclat non plus ne jonchait le sol à mes pieds. La chose était son image, son image son égal.

Au fil des jours confinés, sous les formes osseuses, enduites, peintes et magnifiées, je voyais l’intérieur : c’est à dire le temps des morts, les jarres, des jarrets, les pieds veineux des ancêtres, les chiens savants, les chouettes, les enfants, leurs armes et des godes. Je voyais s’envoler un hibou, danser des os, s’animer les bustes mutiques et flotter les draps du lit des fantômes. Je voyais grandir le monde, sans la nécessité d’une mise au point entre ce qui m’était étranger ou propre. Je vivais désormais dans cet espace vaste, clair, autrefois tranché par une grande glace sans tain.

Après la deuxième semaine, mes provisions étaient épuisées et je ne pensais plus à manger, toute à ma nouvelle existence, libérée des factions et des distances. C’est le chat qui me tira enfin de cette extase dangereuse : je le voyais amaigri, faible et c’est pour le nourrir que je décidai de sortir. Mais, à peine arrivée dehors, au pied de l’immeuble, sur le trottoir, je m’effondrai. D’abord, je crois que personne n’osa approcher tant mon corps défait était inquiétant. Quelqu’un cependant appela les pompiers qui me conduisirent à l’hôpital où je passai quelques jours. Une amie s’occupa du chat par la suite. Bien que j’ignore ce qui a pu se produire, je conserve une vision très claire, précise, de ces jours auxquels je repense aujourd’hui avec nostalgie. Je n’avais pas raconté à Maude cette histoire avant d’écrire ce texte, pour son exposition. »

Amélie Lucas-Gary, 2020


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> Conversation du 21 novembre 2020 <


Photographies : © Cécilia Philippe, 2020

LE HASARD VAINCU

22 mars —
27 avril 2019

 
NICOLAS DAUBANES

LE HASARD VAINCU

Exposition
22 mars – 27 avril 2019

> Nicolas Daubanes <

Pour sa première collaboration avec les Ateliers Vortex, Nicolas Daubanes produit une installation qui prolonge ses dernières expérimentations, mais la décline sous une forme inédite. Intégrée à sa série «  La vie quotidienne  », elle reprend le principe du dessin au scotch sur verre brisé en l’appliquant pour la première fois à l’échelle d’un bâtiment en bois. Son geste réitère celui des commerçants qui, durant la seconde guerre mondiale, protégeait ainsi leurs vitrines du souffle de potentielles explosions. Pour le plasticien, le soin cosmétique tout particulier qu’ils apportaient à ces dispositifs de protection, dessinant avec la bande adhésive des figures (fleurs, ciseaux…) ou des trames géométriques (rosaces, grilles ou frises), trahit la persistance d’un désir esthétique survivant, d’autant plus impérieux qu’il s’exprime dans un contexte de grande adversité. Fasciné par l’énergie de la révolte qui peut se déployer dans des situations de contrainte ou des lieux d’enfermement (prison, hôpital), Nicolas Daubanes la réinvestit ici lorsqu’il détruit au marteau la plaque de verre sur laquelle il vient de tracer le motif. La dimension ornementale du dessin tranche alors avec la modestie de cette architecture en sursis, au même titre que l’élégance des commerçants contrastait avec l’urgence de leur situation.

Du nom d’un recueil de notes du tueur en série Marcel Petiot rédigé en prison, l’exposition renvoie à sa manie de calculer toutes les combinaisons possibles de divers jeux de hasard pour en contredire la logique destinale. Condamné à perpétuité, celui qu’on surnomme «  le docteur Satan  » sublime ce qui n’est finalement qu’une façon de tuer le temps en un moyen d’opérer une inversion quasi métaphysique, de prendre le dessus sur la fatalité. Nicolas Daubanes, qui a travaillé à de nombreuses reprises en milieu pénitentiaire en collaboration avec des prisonniers, voit dans cette activité un authentique acte de résistance, un moyen pour l’élan vital de persévérer dans l’être. «  En pleine santé  » comme il le signe ironiquement en fin d’une lettre, aussi malade que prisonnier, Petiot organise son existence improductive et limitée autour de cette tentative obsessionnelle de lui donner une utilité. A son image, cette construction précaire tient à la seule force de son dessin, formant l’allégorie d’un art médecin ou résistant, d’un art qui permet de se tenir debout quand on n’a plus de raison de se lever.

Le motif de la structure, un treillis en croisillon, est directement inspiré d’une photographie d’une chambre funéraire construite dans le cimetière d’Isle of the Dead, en Tasmanie, où Nicolas Daubanes est allé récemment en résidence. Ayant ramassé sur cette île macabre des graines d’eucalyptus, il présente, en contrepoint de l’installation, une pousse en pleine germination, une manière de compenser son geste vandale par l’image d’une régénération naturelle, et d’opposer à l’effondrement de l’édifice le mouvement d’une élévation par le bas.

Florian Gaité, mars 2019


> Télécharger le communiqué de presse <

> Conversation du 27 avril 2019 <


Photographies: © Les Ateliers Vortex, 2019

PRIX IMPRESSION PHOTOGRAPHIQUE VI

16 juin — 19 septembre 2021

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PRIX IMPRESSION
PHOTOGRAPHIQUE VI

Exposition hors-les-murs
Musée Nicéphore Niépce, Chalon-sur-Saône
16 juin 2021 — 19 septembre 2021

> Hélène Bellenger <

Dans la même logique que le dispositif de production de multiples d’artistes, Les Ateliers Vortex ont proposé pour la sixième fois une bourse de production photographique destinée à soutenir la jeune création contemporaine. Pour l’édition 2020, Les Ateliers Vortex et le musée Nicéphore Niépce ont primé le projet La Coulure de l’artiste Hélène Bellenger.

Cette démarche, soutenue par la Région Bourgogne-Franche-Comté dans le cadre de sa politique de soutien aux arts plastiques, porte un regard particulièrement attentif sur la valorisation de jeunes artistes et plus particulièrement en matière de création photographique contemporaine.

Depuis 2016, la remise de cette récompense est également portée par le musée Nicéphore Niépce de Chalon-sur-Saône qui propose l’accompagnement technique de ses équipes, un accès inédit au musée ainsi que l’exposition de l’œuvre récompensée au sein de ses collections pour une durée de trois mois.

Initié en 2019 et 2020 sur deux glaciers français, La Coulure a retenu l’attention du jury du Prix Impression photographique pour son caractère poétique et sa dimension historiographique. Reposant sur une démarche exploratoire autour du procédé du cyanotype, cette production traduit tant une recherche sur le plan technique qu’une volonté d’illustrer la fonte des glaces.

Afin de déployer son projet et de préparer son accrochage, Hélène Bellenger a bénéficié d’un temps de recherche de quatre jours au sein du musée Nicéphore Niépce début 2021 et d’un accès à ses collections ainsi qu’à son laboratoire technique. L’artiste a ainsi eu la possibilité de mettre ses recherches en perspective avec une iconographie propre à l’exploration glaciaire historique et de réaliser un ensemble de tirages.

Hélène Bellenger, Sans titre (le naufrage), 2020.
© Hélène Bellenger

BIENNALE CARBONE

30 octobre — 8 novembre

BIENNALE CARBONE
Exposition hors-les-murs
Saint-Étienne
30 octobre — 8 novembre

> Fanny Durand <
> Thomas Fontaine <
> Fiona Lindron <
> Annelise Ragno <

…3600 fois par heure, 6500 kelvins, 127 femmes, 9 mètres de soie, 516 décibels, 3,8 kilogrammes de miroir, 180 mètres carré de dalles d’agencement aggloméré hydrofuge, 7 kilogrammes de feuilles de plomb, 133 mètres linéaires de gravure numérique sur marbre des Pyrénées, 64 plis, 75 centimètres cube de verre pilé, 5 siècles avant J-C, 1 entaille, 19488 X 12992 pixels, 200 kilogrammes d’anthracite, 7 tours sur soi-même, 1 fumigène, 2700 lumens, 250 milligrammes d’acétazolamide, 27 mètres carré de papier OCE qualité poster-160gr, 1 tétraèdre, 1000 kilo-grammes de marbre, 65 pouces, 30000 candelas, 270 grammes par mètre carré de papier, 1 frame, 230 litres de sueur, 45 tours par minute, 6 x 100 watts, 1 gramme de cacahuète.


C’est dans la pénombre du soir tombant que l’exposition « 3 600 fois par heure » révèle tout son éclat. Bien que son titre rende hommage au poème baudelairien « L’Horloge », ce sont d’autres vers qui semblent ici résonner. L’irrésistible Nuit établit son empire / Noire, humide, funeste et pleine de frissons1. Si la période n’est pas à l’apologie du crépuscule, c’est pourtant à l’heure entre chien et loup que les œuvres s’éclairent et gagnent en intensité et en profondeur.

Dès la façade de cette ancienne banque en déshérence, le ton est donné. Et l’esprit belliqueux le dispute aux ténèbres. Près d’une porte condamnée, le texte de Fanny Durand ouvre les hostilités, se détachant sur fond d’un noir de meudon qui semble badigeonné à la hâte. Ce fragment des Chroniques pour Penthésilée exhorte le regardeur à s’adonner à un rite guerrier mais charnel, héritage des lointaines amazones et de leur sensualité mortelle. Sur l’autre pan de façade, on tombe nez-à-nez avec le regard de pierre des Tyché, créatures divines antiques dont la fine couverture de verre pilé contraste avec leur froide beauté, avertissement au vandale qui voudrait les déloger. Ce dispositif, inspiré des grandes heures du militantisme radical, fait directement écho aux barricades de Vorago. L’image vidéo qui projette son pale halo à travers la vitre opalescente prend, en effet, son ancrage sur un événement historique. En 2012 dans les Asturies, des mineurs se sont révoltés contre le pouvoir central. C’est un récit politique, mais surtout social qui se révèle alors.

Cette question du corps collectif est à l’essence même du projet des Ateliers Vortex. Fanny Durand, Thomas Fontaine, Fiona Lindron et Annelise Ragno, tous diplômés des beaux-arts de Dijon, se sont unis autour d’une même idée : c’est la somme de leurs individualités qui fait leur force et par là même, celle du lieu d’expositions, d’échanges, d’idées, de créations et de partages qu’ils ont créé.

La notion de corps social et son pendant individuel sont omniprésents dans l’exposition. Dès l’entrée, le visiteur se retrouve pris au piège d’un double miroir : celui de ce doux visage anonyme qui semble se refléter et de sa propre image qu’il serait séduisant de projeter sur le panneau laissé vacant. Mais la tentation d’identification est rendue malaisée par la nature même de cette figure au titre éloquent. Derrière This person does not exist se cache un site internet éponyme, qui, à chaque ouverture, confronte l’internaute à un nouveau portrait irréel, mais au naturel troublant. Faisant volte-face pour se détourner de ces regards jumeaux, le spectateur est à nouveau confronté à la présence de personnages ambiguës, dont la mise en scène se trouve à la convergence du virtuel et du réel. Par l’embrasure d’une fenêtre donnant sur un couloir, il découvreainsi une suite de portraits, qui, s’ils se présentent comme les avatars d’un jeu vidéo, sèment le trouble par l’authenticité de leurs traits et leur caractère commun. Sommes-nous donc ces pantins anonymes, à la merci d’un utilisateur oisif, ou les maîtres de notre propre identité ?

Retour dans la salle, où, aux côtés de l’image métallique d’un tsar déboulonné, pendue à la renverse comme pour accentuer son désaveu, le gaufrage papier d’Annelise Ragno convoque à nouveau la vision du poète. L’oeil était dans la tombe et regardait Caïn2. En contrebas, une armée de christophines, végétaux ventrus aux pédoncules levés vers la lumière, introduit la nature et le vivant dans l’espace d’exposition.Ces nouvelles références invitent l’observateur à prêter aux œuvres une autre intentionnalité : celle des vestiges d’un culte antique immémorial. Offrandes de fruits, icônes déchues, fantôme géologique et cette couronne dorée posée à même le sol dans ce qui se révèle alors être le saint des saints, font corps dans une même universalité.

C’est un instant d’éternité qu’offre l’exposition, une respiration au cœur du chaos.

Marion Payrard

1 Charles Baudelaire, Les Épaves, « Le coucher du soleil romantique », 1866, Bruxelles

2 Victor Hugo, La Légendes des siècles, « La Conscience », 1859, Bruxelles