Auteur/autrice : V.
2024
2024
2024
Clamoramor
15 novembre – 7 décembre 2024







CLAMORAMOR
Exposition
Du 15 novembre au 7 décembre 2024
Après cinq années d’études, les jeunes artistes diplômés de l’ENSAD Dijon sont prêts à quitter l’école, leur école, dont nous espérons qu’elle restera dans leurs souvenirs leur alma mater.
Comme il est difficile de prendre son élan, de sauter le pas, de prendre son envol !
Lydie Jean-dit-Panel et Martine Le Gac, nos professeures, ont veillé à leur accompagnement tout au long de leur dernière année, avec la complicité et l’expertise de l’équipe de Vortex, Fiona Lindron, Annelise Ragno et Olivier Lecreux. Qu’il et elles soient remerciés de leur engagement, de leur disponibilité et de leur ferveur à porter ce beau projet. Nous sommes très fiers et très heureux que cette collaboration inédite permette à nos jeunes diplômés de présenter au public leur travail dans des conditions professionnelles, pour la première mais pas la dernière fois !
Nous joindrons nos voix à celle de René Char pour leur souffler à l’oreille :
« Impose ta chance, serre ton bonheur, et vas vers ton risque. À te regarder, ils s’habitueront »
— Amel Nafti, Directrice de l’ENSAD Dijon —
« Ce qui m’intéressait, ce n’était pas du tout de fixer les athlètes en plein vol, mais plutôt le moment précis, juste avant, où ils prennent leur élan, le point de non-retour. »
Werner Herzog, à propos de ses photographies prises avant le tournage de « La grande extase du sculpteur sur bois Steiner », documentaire sur le champion de saut à ski suisse Walter Steiner.
Sortir d’une école d’art un beau diplôme en poche n’est pas si simple. S’élancer dans le grand dehors, et endosser le statut d’artiste ressemble à un combat. Une lutte permanente avec soi déjà, avec ses obsessions, ses doutes, les milliers de références acquises, avec la réalité.
Un petit tremplin semblait nécessaire. C’est pourquoi, avec les ateliers vortex, il nous a paru essentiel d’organiser une exposition des diplômé.es de l’ENSAD Dijon, précédée d’un temps de résidence, pour un accrochage pensé collectivement. Une conjugaison au plus juste des préoccupations de chacun.e avant le partage avec un public.
Il a fallu trouver un titre à cette exposition. Un titre qui leur ressemble. CLAMORAMOR. Un titre qui résonne. Telle la CLAMEUR vive et persistante entendue dans leurs ateliers faisant écho aux lancinants bruits du monde. Et puis de l’AMOUR, bien sûr. Évidemment. Autrement, à quoi bon.
— Lydie Jean-Dit-Pannel, Artiste enseignante à l’ENSAD Dijon —
Pourquoi jeter ? Tout le monde peut jeter. Mais tout ne se jette pas, c’est l’art du réemploi. Beaucoup d’œuvres présentées ici en font état.
Et pourquoi se jeter ? Tout le monde n’ose pas se jeter. Rares sont ceux qui osent se jeter dans le grand bain du monde. De jeunes artistes l’ont tenté. Il faut oser faire un pas, au risque de la chute brutale, de l’évidence de l’absurdité du réel. Un réel qui ne nous épargne pas, qui déclenche de la violence, l’hostilité des foules, l’écrasement des humains et la destruction du vivant.
Peut-on encore être jeune dans un monde qui peu à peu se perd et se délite ? Peut-on encore jouer avec un tel enjeu ? Au risque de se jeter pour se perdre soi-même.
Il s’agit d’affronter les sources d’angoisses contemporaines, en désacralisant l’errance, en se désensibilisant face à la mort.
Mais cette mort, de quelle nature est-elle ? Elle est aussi la mort de la faune et de la flore, conséquence d’une prédation contre laquelle est construite l’écologique.
Une préoccupation : ne pas utiliser, mais reprendre, créer des objets contre la fin, le non-retour, des objets qui renaissent et sonnent le cor de l’assaut contre une pulsion de mort mercantile.
Des intentions et des actes :
Travailler à la détérioration de ce qui dé-terre, use la terre. Déterritorialiser pour transformer les lieux. Passer outre le gouffre du déjà fait, du déjà prêt, au risque du prêt-à-poser.
Changer de territoire. Penser la réparation. Une réparation de l’intime, de la famille.
Restaurer la dignité du travail, en retrouvant la trace des ouvriers, le heurt avec la matière, en l’amenant dans l’écorce des choses.
Faire face au risque de l’événement, du non-choix, de l’imprévu devenu nécessaire préoccupation. Contrer l’effet du non-retour.
Terminer avec l’éternel dilemme du sens, revenir à la résilience en suscitant l’accident dans un monde déjà creusé par la perte et le profit.
Retourner la tendance à l’accélération d’un productivisme bureaucratique devenu de plus en plus contrôlant.
Apporter le soutien du conte ou de la fiction, raconter pour faire vibrer l’histoire.
Recycler, faire revenir de la subjectivité dans le cycle de production et d’aliénation le quotidien Regarder à nouveau la matière, tellement oubliée qu’elle en devient matériau de combustion.
Inventer la post-occupation pour une imminence grise, informe, jamais loin et pourtant si précise qu’elle hante les mémoires par anticipation.
Toucher des éléments pour les recomposer avec la certitude de l’urgence dans le temps long de la terre, sans le laisser s’éteindre dans l’oubli.
Devenir, recomposer un paysage, une urbanité, une humanité, une éco-féminité, prendre soin des corps, des vivants, ne pas s’arrêter malgré les menaces, Continuer à travailler la matière de l’espoir, sans arrêt forcé, tandis que les éléments se déchaînent au-dehors, tout autour de l’œil du Vortex.
— Pierre Ancet, professeur des universités en philosophie, chercheur au laboratoire LIR3S, CNRS – Université de Bourgogne —
Les jeunes artistes qui exposent ont l’âge du siècle, et le tournant que prend la civilisation les inquiète. Mais qu’on se le dise : nous sommes pris de doute nous aussi face à l’avenir et d’une agitation que la raison ne suffira pas à calmer. Qu’est-ce donc qui pourrait nous soutenir ?
Devant les pertes inéluctables auxquelles il faudrait s’attendre au profit d’une immatérialité hypnotique jusqu’à la nausée, devant le sacrifice de l’animal qui a son corollaire dans la chasse à l’homme, l’absence de réponse à des besoins légitimes de soin et de respect, les artistes regardent de près ce qui les gêne et les tourmente en l’inscrivant sensiblement dans la matière. Les objets concrets sont là, les représentations de corps, de visages, les photos et les vidéos de la nature. Le réalisme des formes l’emporte sur un esprit abstrait. Faut-il récupérer à toute vitesse l’aspect matériel des choses et les allures de ce qui vit, parce que tout serait menacé de disparition ? La décrépitude ne gît pas seulement dans les angles morts de l’existence mais dans la substance même de l’image. Au point que le débat sur le vrai de la réalité et l’illusion de sa reproduction, qui pourrait sembler dérisoire à côté du sentiment d’absurdité et d’effroi, ne fait qu’accentuer les repères qui se dérobent.
Cette course à la sauvegarde, qui est une motivation profonde de l’art depuis toujours, ne peut admettre d’être perdue d’avance. Afin de développer leur démarche et leur vision, les artistes associent les lambeaux à d’autres éléments épars, de nature très différente, parfois si éloignés dans l’espace et dans le temps qu’il paraîtrait impensable de les rapprocher mais qui, une fois reliés, montrent comment ce qui désespère est doté d’une grande énergie et que celle- ci attend d’être convertie à des fins constructives. En lui donnant des contours visuels, comme un spectacle hors de soi, quelque chose d’insaisissable prend tournure. Mieux cerné, apprivoisé, il permet de s’adapter aux chocs extérieurs tout en se confiant aux forces intérieures qui savent alimenter le courage et l’enthousiasme. Un équilibre, obtenu à coups de gestes, d’implication intellectuelle et sensorielle dans des formes et des couleurs choisies, modifie la perception.
Le réel étant scruté, si on y trouve effectivement des abus de toutes sortes, des puissances obscures cherchant à étendre partout leur domination, la maltraitance d’une société se réclamant d’un héritage obsolète, social comme économique, on y trouve aussi de formidables intuitions, le plaisir d’inventer, la poésie, des germes de justice, les relations solidaires, des pans culturels et spirituels d’une immense richesse. Le réel est un alliage surprenant. À le considérer dans sa complexité, les œuvres ne font pas que donner à voir ce qui nous trouble, elles le transfigurent. Bien que les émotions nous submergent, des ressources nous assurent de pensées fines et positives à travers l’Histoire, des témoignages, des études, des contes et légendes, des souvenirs personnels, des slogans. Livres, podcasts, interviews, dépassent la surdité des craintes et des cris et s’efforcent d’élaborer une réflexion nourrissante pour la connaissance comme pour l’âme. De longue date, les œuvres d’art bravent les temps consternants et face aux impasses proposent d’autres points de fuite, des marges inexplorées et salutaires. De la confusion sort un nouvel ordre, de la blessure une guérison, de la hantise une échappatoire et du fourmillement numérique un glitch dont la peinture est capable de s’approprier le signal. De la foule obsédante ressort un visage, des veines du bois une présence, des textiles défroissés la couleur révélée.
Alors peut commencer le travail de quiconque d’aller y reconnaître sa propre angoisse ou ses désirs les plus chers, de trouver des dérives ou des issues à ce qui pourrait laisser anéanti. C’est le propre de l’art. En figurant les contradictions, en conjurant les menaces, il reprend à la mort ses victoires et favorise l’espoir, la protection, l’imagination. Par delà les contraintes et l’assèchement que l’austérité exige, des forces vitales se déploient. Quand l’art enregistre les secousses qui ébranlent notre monde, il est précieux qu’il les recompose avec une dimension éthique. La peur se change en régénération, la clameur en une acclamation.
– Lauren Balganon –
L’invention de recettes réenchante la vie. Avec des jus d’aquarelle, de la pâte de verre, la fonte de vieux radiateurs… Oser des mélanges imprévisibles. Répondre à l’énormité de l’information continue par la malice et la subtilité. Ne pas manquer le rouleau à pâtisserie, le sceau-cylindre, l’arme qui saura nous éviter l’écœurement.
– Victor Chateau –
Des cyanotypes vantent les centrales nucléaires de France. Sont-elles dignes de cartes postales ? Tout dépend de l’option énergétique ou du goût pour la collection de petits cartons inoffensifs. Un miroir de sorcière trompe la surveillance. Là où la société pointe, juge, exclue, l’art fait tenir le monde ensemble dans un reflet.
– Lucie Drazek –
Si Cerbère garde l’entrée des enfers, qui doit nous intimider ? L’animal effrayant ou le monde souterrain qui sépare les défunts des vivants ? Quand l’artiste dessine des loups, des corbeaux et des chiens, elle ne fait pas autre chose que demander à l’animal de montrer les dents et de déchirer du bec les situations intenables. Ils sont nos gardes du corps, nos gardes de l’âme.
– Justas Indrelé –
La réalité virtuelle, internet et ses stocks visuels défilant à toute vitesse font un sacré bruit de fond. Sélectionner des images et les peindre ralentit le flux électronique, métamorphose la matière, aide à savourer ou à interroger la valeur de quelques emblèmes de société – figure du Christ, crâne, jeux vidéo, automobile – et leur persistance rétinienne.
– Youngbin Lee –
Distinguer le vrai du faux, la réalité de sa reproduction ? Les deux vidéos montrent bien que l’image enregistrée n’est pas la réalité, qu’elle est spécifique, technique et répond à un montage. Miroirs aux alouettes pourtant, sans tout à fait nous piéger, leurs artifices avec les objets ajoutés révèlent une dimension poétique.
– Lou Le Texier –
Le lieu de l’intime, avec un film et des dessins infographiques. Dans l’atelier de sérigraphie de Vortex qui n’est pas encore une «chambre à soi», les images d’une certaine mélancolie de la jeunesse côtoient la tentative de se fédérer autour du point rouge incandescent des cigarettes. Si le monde part en cendres, l’amour peut-être brûlera.
– Romuald Marcialis –
La sculpture en fer à béton est comme une herse, une série d’exclamations qui devient flamme qui devient flèche. Un graffiti à l’aérosol peut aussi devenir une interjection, une ligne esthétique avec laquelle l’errance et l’institutionnel s’accordent à déclarer la place prépondérante de la liberté.
– Paul Pitot –
Devant la hantise de la foule et le grouillement des individus, à l’heure de pointe ou dans les grands rassemblements, l’artiste trace avec obstination, sur toile et sur papier, le désir d’une différence, d’un regard tout autre, la possibilité de changer l’anonymat en des traits humains.
– Justine Rauber –
Veines du bois et lignes de figures se combinent dans les gravures à la recherche de leurs relations mutuelles. Coups de gouge, attaques du temps, sillons, rides et scarifications. Estampes et matrices sont associées avec subtilité, faisant de la plaque et de son encrage une image en quête de présence, en attente de résilience.
– Elisa Schumacher –
La photo de forêt ombreuse et ensoleillée est-elle l’empreinte d’un écosystème où arbres, arbustes et arbrisseaux s’étagent ? Ou son fantôme, un lieu hanté par la mort ? Chacun sait que le pourrissant nourrit le vivant. Faudrait-il craindre la présence d’un cadavre sous la mousse ? Et si c’était la forêt qui se mourrait ?
– Caroline Simic –
Un tas de cheveux. Un reste organique, puissant, qui dénonce l’usure et l’asservissement au travail quand ce n’est pas la liquidation pure et simple de l’être humain. Dans son abandon même, le matériau informe prétend encore à la forme pour désigner toutes les directions de l’espace, affirmer la solidité de l’angle en prenant appui sur l’architecture.
– Joan Simonot –
Pour avoir entendu des phrases assassines, perçu des abus et des relations manquées, mais afin de chérir encore la famille et la société, l’artiste transfère à l’aiguille à broder la piqûre psychique autrefois reçue, transforme la blessure en écriture et fait de la broderie sa cicatrisation.
– Anaïs Thomas –
Des tapis pour le sol deviennent des peintures pour le ciel comme autant de cerfs-volants avec leurs rubans et leur fil de traîne. Pas de compétition entre le très bas et le très haut, mais le plaisir de libérer les fibres écrasées et la couleur cachée. Gilets blancs pour gilets jaunes et gilets de sécurité assument leur étoffe, ne laissant déchoir ni les tissus ni la dignité des ouvriers du textile ou des invisibles d’aujourd’hui.
– Noëlly Torterat –
La relation à l’animal, au corps, à la chair compose un mouvement. La nature morte devient nature vive. Les formes entremêlées et voluptueuses nous adressent dans leur incertitude organique les stridences d’une énergie orange, blanche et rose. Avoir des égards pour la dégradation la tourne en beauté, en vitalité picturale.
– Enki Vallet –
Les parapluies donnaient leur nom à la révolte des manifestants descendus dans les rues de Hong Kong en 2014 pour réclamer le respect de la démocratie. La sphère des parapluies est une forme artistique sans frontière en réponse aux politiques actuelles, les clameurs urbaines le retentissement d’une conscience collective. Si l’homme s’arrête d’avancer, c’est sa chaise qui marchera. « En avant ! »
— Martine Le Gac, professeure d’histoire des arts à l’École Nationale Supérieure d’Art et Design de Dijon et critique d’art —
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Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Next Age
13 septembre – 26 septembre 2024










NEXT AGE
Exposition
Du 13 septembre au 26 octobre 2024
Rassemblés sous le terme “New Age”, les mouvements néo-religieux occidentaux de la fin du XXème siècle prônaient le développement personnel comme moyen d’atteindre un nouvel âge de conscience collective et de bonheur. Dans leur sillons désillusionnés, boostées par le capitalisme numérique, de nouvelles formes de spiritualités nourries par la désinformation (complotisme, alternative facts, fake news, deep fake) et la polarisation des opinions que génère la personnalisation des contenus (Intelligence artificielle et traitement de données) émergent depuis les années 2000 sous la terminologie “Next Age”. Ces nouvelles spiritualités s’approprient diverses philosophies orientales (tantrisme, yoga), certaines médecines alternatives, l’astrologie, l’ésotérisme et l’occultisme, ainsi que la psychothérapie et la neurolinguistique, picorant “à la carte” un curieux mélange de croyances et de sciences au service d’un discours essentiellement tourné vers le développement physique, spirituel et souvent financier de l’individu. Informels et multiples, ces discours déplacent la quête de transformation d’une échelle collective à l’échelle individuelle. À partir d’un dispositif éphémère matérialisant les réseaux qui portent leurs messages et les nœuds qui leurs permettent d’émerger, Charles-Arthur Feuvrier transforme les nouveaux gourous-entrepreneurs en monstres tentaculaires. Leurs échos mêlés prêchent des recettes méthodiques d’éveil spirituel et d’accès au bonheur aux allures de plan managérial sur fond de couchers de soleil.
Déployés en demi-cercle, ces discours déshumanisés, incarnés par des bouches artificielles, envahissent l’espace d’exposition autour d’un point central occupé par le.a spectateur.ice, contraint.e malgré lui.elle à une position de disciple. Entre éveil et conditionnement, les affirmations parfois contradictoires ici mises en scène reflètent une transformation amorcée dès le début du XXe siècle, passant d’une économie du besoin à une économie du désir centrée sur l’individu dans laquelle le capitalisme numérique et ses nouvelles spiritualités prennent racine. En 1928, Edward Bernays, neveu et fin lecteur de Sigmund Freud, est engagé par la compagnie American Tobacco pour briser le tabou qui pèse sur la consommation de cigarettes chez les femmes. A partir des théories de son oncle et de celles de Gustave le Bon sur «la Psychologie des foules» (1895), il organise une parade de fumeuses dans les rues de New York sous le regard des photographes. Les “torches de la liberté” font la une des journaux et la cigarette devient un symbole de liberté et d’émancipation féminine, augmentant largement les profits de l’entreprise au détriment de la santé publique. L’influence colossale de ce marketing économique et politique se base sur le postulat freudien (le “moi” et le “surmoi”), selon lequel de fortes pulsions sexuelles primitives, chaotiques et destructrices régissent les comportements de chacun.e et doivent être controlées. Cette conception contemporaine du bonheur et de l’émancipation est donc paradoxalement informée par l’idée que l’homme est fondamentalement incapable d’auto-détermination. Choisi par une élite motivée par le profit, l’idéal de développement personnel s’en voit réifié et sa portée utopique, soutenue par l’objectif de produire un “capital humain” à la fois utile et docile. C’est parce que, sous couvert d’éveil à une nouvelle conscience, le Next age est lui-même fondé sur une idéologie née de la manipulation des masses et d’une application douteuse des théories psychanalytiques que l’installation prend la forme d’un rituel sectaire et contradictoire.
Baignée dans la couleur indigo du sixième chakra, celui du 3ème œil permettant l’éveil de l’intuition et la prise de contrôle, l’installation fait également référence aux “enfants indigo”. Ce mythe, en gestation depuis les années 70, prétend que des enfants surhumains, incapables de s’adapter au monde en raison de leur haut potentiel, seraient destinés à le transformer. La description quasi clinique de ces enfants résonne comme la forme positive de nombreux diagnostics contemporains, notamment le TDAH ou Trouble de l’attention, lui-même souvent traités par l’industrie pharmaceutique (notamment la Ritaline dont les ventes ont été multipliées par 40 entre 1995 et 1999). Ces critères, donnent une description vague et générique de ce que serait un enfant indigo dans lesquels chacun peut se reconnaître. Ils suivent un biais psychologique connu sous le nom d’effet Barnum-Forer que l’on retrouve dans la lecture des horoscopes ou la tarologie. Qu’elles se basent sur des fondements mystiques ou scientifiques, ces nouvelles pathologies s’inscrivent dans ce que le philosophe Ian Hacking nomme les « maladies mentales transitoires », dont les diagnostics augmentent temporairement avant de disparaître selon les conditions sociales, économiques, politiques et philosophiques de l’époque comme la monomanie, les délires médiumniques ou l’hystérie.
A l’ère de la surabondance de l’information, il semble logique que le mal du siècle prenne la forme de nouveaux troubles de l’attention. Réels ou fictifs, amplifiés ou non par les industries pharmaceutiques, celles du bien-être ou par les influenceurs.euses Next Age qui peuplent nos écrans, ces troubles et leur spiritualisation témoignent d’une tentative de jonction entre un système validiste qui responsabilise l’individu et sa quête de sens, de pouvoir et de bonheur au sein d’un système profondément inégalitaire. En mettant en scène ces phénomènes mystico-pathologiques et en matérialisant les formes invisibles de circulation d’images et de discours qui le nourrissent, Charles-Arthur Feuvrier révèle les influences réelles qu’exerce l’imaginaire collectif digitalisé sur notre réalité sociale, politique et psychologique.
— «Same-same but different, welcome to the next age » – Antoine Champenois, août 2024 —
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Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte
« Next Age » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024
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Libérez les légumes
5 avril – 19 avril 2025


LIBÉREZ LES LÉGUMES
Exposition
Du 5 avril au 19 avril 2025
- >Gregoire Bergeret<
- >Raoul Bergeret-Kremer<
- >Julia Kremer<
- >Camille Llobet<
- >Thierry Mouillé<
- >Fabrice Pichat<
- >Linda Sanchez<
- >Adrien Vescovi<
- >Fumo Nero<
- >Mewrant<
- >Artisanat Capilaire<
Grégoire Bergeret est né à Annecy en 1988. Diplômé de l’ESAAA en 2005, il vivait et travaillait à Bruxelles. Si le travail de Grégoire Bergeret est protéiforme, c’est parce que son origine est dans l’expérience vécue, par définition plurielle et en grande partie imprévisible. Les pièces qui en résultent semblent être des états de matière soumise aux opérations du hasard, que l’artiste veut seulement rendre tel qu’il l’a perçu, ou qu’il provoque pour inviter l’imprévu dans la partie. Grégoire Bergeret a bénéficié de nombreuses expositions individuelles dont «Fingers in my glass»à The Windows 41 situé à Paris en 2008, « le but n’est pas le but et Ne rien faire, mais que rien ne soit pas fait» à la galerie Papillon à Paris en 2008 et 2011,mais aussi «Osmose, Point commun» à l’Espace d’art contemporain d’Annecy en 2018.Il a également participé à diverses expositions collectives à Paris, Bruxelles, Montreuil, ainsi qu’à l’étranger. Grégoire Bergeret est représenté par la galerie Papillon.
Raoul Bergeret-Kremer, fils de Grégoire Bergeret, exposera quelques dessins à l’occasion de cette exposition.
Julia Kremer est née en 1978 à Livry Gargan. Diplômée des écoles d’art de Perpignan et Cergy-Pontoise, elle vit et travaille à Bruxelles. Julia Kremer se concentre sur les photocopies, explorant les mécanismes de la photocopieuse à travers un protocole de triangulation qu’elle a créé. Elle déforme et découpe les copies pour en assembler les morceaux, produisant des textures fragmentées. Son travail se mêle à la publicité en cours, fusionnant l’art de la reproduction avec la culture de la consommation. En somme, Kremer fait de l’«ultra-publicité », où chaque copie devient un collage de l’instant commercial.
Camille Llobet est née en 1982 à Bonneville. Diplômée de l’ESAAA en 2007, elle vit et travaille à Sallanches. Chaque œuvre commence par une rencontre et un questionnement à expérimenter ensemble. J’imagine d’abord des dispositifs de tournage précis prenant le parti pris de l’expérience filmée et réalise ensuite des montages vidéos et sonores à la fois intuitifs et visant une radicalité formelle. Après avoir exploré l’oralité, le mouvement et la perception humaine comme des territoires de recherche lors de tournages en studio, j’ai déplacé mes protocoles de travail en haute montagne. Cet environnement complexe fait de roche, neige et glace est aujourd’hui en cours de mutation. Une transformation brutale due à l’accélération de la fonte des glaces et des écroulements rocheux qui place un temps géologique au niveau de celui d’une vie humaine.
Thierry Mouillé est né à Poitiers en 1962. Il vit et travaille à Paris. Il coordonne Le Laboratoire des intuitions, unité de recherche en art. Ancien pensionnaire de la Villa Médicis, son travail est présent dans de nombreuses collections publiques et privées. Depuis 1988, il a développé une activité protéiforme dans le cadre de la Fondation mouvante qui se prolonge notamment dans l’invention de modes de collaboration entre artistes et théoriciens aux confins de l’art et de la pensée. Il poursuit actuellement en collaboration avec David Zerbib, philosophe, le projet Dynamograma, projet performatif en multivers, dont les dernières sessions ont été programmées ces derniers mois au Palais de Tokyo, Paris et à New-York. Il dirige la revue Intuitive Notebook.
Fabrice Pichat est né en 1980 à Chambéry. Diplômé de l’ESAAA en 2005, il vit et travaille à Bruxelles. Fabrice Pichat explore ce qu’il appelle des Contre-Hypothèses de Perception à partir de lieux, de matérialités, de temporalités ; que nous pourrions toujours rencontrer et éprouver différemment. Ses installations interrogent les interactions entre les domaines du Tactile, du Visible et du Sonore et plus encore le rôle de la dissociation ou de la superposition de nos sens dans l’acte de percevoir.
Linda Sanchez est née en 1983 à Thonon-les-Bains. Diplômée en 2006 de l’ESAAA, elle vit et travaille à Marseille. Depuis plusieurs années, l’artiste développe un travail plastique entre sculpture, installation, dessin et vidéo. De l’horizontalité d’un plan d’eau à la trajectoire d’une chute, de la liquidité du sable à l’élasticité d’un liant, elle observe des phénomènes existants, les déplace, ajuste leur échelle, leur corrélation, leur durée. Les notions de hasard, d’ordre, de chute et de rapport au temps alimentent sa pratique. Ses oeuvres fixent le mouvement dans la matière, l’écrivent, le mesurent ou le transcrivent. Procédés, opérations, mécaniques et systèmes sont autant de modes de fabrication qui trouvent leur équivalence dans le langage de l’artiste. Son rapport à l’énonciation sous-tend, comme un script, un rapport non autoritaire au matériau en mouvement.
Adrien Vescovi est né 1981. Diplômé de l’ESAAA, il vit et travaille à Marseille depuis 2017 après une longue pratique installée dans les montagnes de Haute-Savoie. L’artiste réinvestit avec des enjeux contemporains la question de la toile libre et d’une peinture pensée à une échelle architecturale ou naturelle. L’importance du contexte dans lequel l’artiste vient installer ses œuvres est pour lui un facteur d’étude incontournable. Adrien compose des temporalités, assemble des couleurs travaillées par l’air (rayons du soleil et de la lune, la neige, pollution), la terre (ocres et végétaux), et le feu (cuissons). Sa manière de coudre est une façon de peindre. Le hasard est son allié.
» Le corps (le truc) couvert d’herbes et d’épices, de fruits, de produits, un amour qui évoque moins le pourpre duveté d’une fleur s’ouvrant au soleil que quelques croutes cutanées. Ca gratte et ça sent pas bon. L’eau du canal, verte et brune et tellement opaque, s’écoule avec l’épaisseur d’une soupe… »
— David Evrard – Extrait —
» À chaque seconde, un nouveau son, un nouveau cri, un chant ou une phrase que l’on s’envoie ; je ne sais pas si la chose trouvera un terme, je sais juste que nous bouclons quelque chose, sans nous arrêter. C’est peut-être grave de faire des tours, de ne pas savoir s’arrêter. Nous nous usons à nous écouter. Je perds en audition… »
— Martin Hiltenbrand– Extrait —
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> Télécharger le texte intégral de Martin Hiltenbrand <
Concert de Fumo Nero & DJ Set de Mewrant
> Accéder au concert et Dj set <
Performance « Conférence sur la crise » de Morgane Baffier
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Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Sérigraphie papier : Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte
«Sans titre» Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024
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NOBODY CARES THAT PARROTS CAN TALK
12 septembre – 8 novembre 2025



NOBODY CARES THAT PARROTS CAN TALK
Exposition
Du 12 septembre au 8 novembre 2025
Tristan Chinal-Dargent vit et travaille à Clermont-Ferrand. Il déploit un travail de dessin, de peinture, d’écriture et de vidéo, interrogant notre rapport à la nature, à la violence, à la famille qu’elle soit humaine ou non humaine. Sa pratique alterne entre recherche de terrain et pratique en atelier. Après des études à l’École Supérieure des Beaux-Arts de Nantes en 2022, Tristan Chinal-Dargent à développé une oeuvre fortement enracinée dans les paysages et les récits des territoires où il a grandi, de la Maurienne au Vercors. Ses recherches se sont nourries de rencontres avec des naturalistes, des bergers, des éleveurs de chevaux, des fauconniers.
Parallèlement, Tristan est à l’initiative de Malus Rivus, une base de recherche en altitude située à Orelle dans les Alpes françaises. Depuis trois ans, ce projet accueille chaque été six artistes pour un temps de rencontre, de création et de siestes dans les montagnes.
Ces oeuvres ont été présentées :
dans des expositions individuelles à la BF15 à Lyon et à la Serre à Saint-Etienne (2025). Il a participé notamment à des expositions collectives en France et à l’étranger : Au Centre d’art Bastille à Grenoble (2024), à l’Espace Topic à Genève (2023), à la Galerie Paradise à Nantes (2022) et aux Laboratoires d’Aubervilliers (2020).
Tristan Chinal-Dragent à été lauréat des résidences Moly Sabata à Sablon et de l’Abbaye Royale de Fontevraud (2024).
» Action de saboter, de gâcher un travail, une tâche. Manœuvre, acte ayant pour but la désorganisation, l’échec d’une entreprise. Il y a une dette à payer. Dans sa série de dessins réalisés à l’occasion de sa résidence de trois mois aux ateliers Vortex, Tristan Chinal-Dargent s’est intéressé à la figure du perroquet. Ou plutôt à son absence au sein de nos imaginaires. Pourquoi omet-on (ou ne nous souvenons-nous pas de) cette évidence ? Le perroquet parle. Aussi étrange et effrayant que cela puisse paraître, il formule explicitement les choses qu’il a entendues et répète. Des choses apprises sciemment à l’aide d’objets – cylindres, cercles, carrés, volumes2 – ou, plus simplement, de manière mimétique, par assimilation et reprise de paroles écoutées. Le perroquet parle puisqu’il cherche à entrer en contact… »
— Eva Foucault – Extrait du texte « Sabotage »—
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— Conversation entre Tristan Chinal-Dargent et Hugo Pernet, 2025 —
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Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte
« Nobody cares that parrots can talk » Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2025
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Reprises
7 février – 15 mars 2025















REPRISES
Exposition
Du 9 mai au 14 juin 2025
Mélanie Berger vit et travaille à Bruxelles. Elle déploie un travail de recherche sur papier autour de la transformation, de l’impermanence des formes et de leur interdépendance. Après des études aux Arts décoratifs de Paris et à la Cooper Union de New York, elle a publié un premier livre (Médée, 2006, éditions Warum) et réalisé de courts films d’animation, pour se plonger dans une pratique sur papier en constante évolution.
Son travail a été montré lors d’expositions collectives et personnelles en France : L’H du Siège, 2024; L’Art dans les Chapelles, 2023; Musée des Beaux Arts d’Arras, 2021; Château d’Oiron, 2017
En Belgique : La Part du Feu, 2022; Été 78, 2017; Greylight Project, 2016-2020
En Allemagne : Institut Français et Opekta, Cologne, 2013; Faroff, 2018
Et en Angleterre : Aspex, Portsmouth, 2010.
La galerie Archiraar à Bruxelles présente régulièrement son travail à Drawing Now (Paris), Art on Paper (Bruxelles) et Art Rotterdam. Elle a obtenu le Prix d’Art Contemporain du département de l’Isère en 2022 et a été nommée pour le Prix Pomona (Belgique) ainsi que pour le Prix Drawing Now (Paris) en 2025.
«J’explore l’impermanence dans le dessin, à la recherche de moments d’apparitions, d’instants subtils où l’informe se met soudain à parler, à communiquer — à devenir image. Les papiers sont pliés, agrafés, découpés à des formats choisis. Posés au sol, je leur applique par gestes successifs de l’huile, des pigments, de l’eau, du kaolin, de la terre, etc., réagissant en fonction des imprégnations, de la chaleur, de l’humidité. Des ensembles d’images apparaissent, des différences et similitudes se créent. Chaque dessin est un matériau à réactiver : son histoire, ses déplacements, imprégnations et mises au noir nourrissent l’ensemble, pensé comme un organisme en mouvement. Ces ensembles sont composés de façon ouverte, permettant la réorganisation perpétuelle. Cette pratique révèle de nombreux parallèles entre processus d’évolution, de transformation du vivant et processus de création : il y est toujours question d’échange, d’écosystème et d’interdépendance. Une façon de rappeler que nos gestes ne sont jamais détachés d’un contexte, mais s’inscrivent dans des systèmes complexes et mouvants.»
— Mélanie Berger —
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Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Sérigraphie papier : Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte
«5 place de la halle 24 350 Lisle, France» Sérigraphie tirée d’un dessin original de l’artiste, 40 exemplaires, 2024
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Sentinelles de la nuit
7 février – 15 mars 2025






SENTINELLES DE LA NUIT
Exposition
Du 7 février au 15 mars 2025
Lola Gonzàlez est née en 1988 à Angoulême.
Diplômée de l’École supérieure des beaux-arts de Lyon en 2012, artiste pluridisciplinaire, elle développe depuis plusieurs années un travail à la croisée de la vidéo, du son et de la performance.
Questionnant les notions de collectif, d’engagement, d’amitié, de génération, ses travaux interrogent nos peurs communes et nos espoirs pour l’avenir.
Ses recherches se développent dans plusieurs pays au sein de différentes communautés amicales.
Ses pièces ont été montrées dans de nombreuses institutions françaises et étrangères, comme le MAC de Lyon, le Centre Georges Pompidou, le Palais de Tokyo, le MAAT à Lisbonne, le Centre de la photographie de Genève, au Belvedere21 à Vienne, etc.
Elle a été nominée à différents prix d’art contemporain parmi lesquels le Prix Ricard en 2017 ou encore le Prix Meurice dont elle a été lauréate en 2016.
Ses pièces font partie de nombreuses collections françaises, FRACs, MACVAL, Fondation Kadist. Elle est représentée par la galerie Marcelle Alix à Paris depuis 2015.
À un moment,
depuis novembre, août ou juillet
j’ai eu un goût d’incendie dans la bouche,
puis une odeur de brûlé dans le nez
Depuis, il coule régulièrement
. bouleau, cerisier, étamines et gruaux
on peut devenir allergique à tout moment
Moi je continue de penser que quelque chose
a pris feu, peut-être pas encore,
peut-être pas quelque chose
— Extrait du texte « À un moment » Benjamin Collet, 2025 (Ouvrage : « la maison croissante ») —
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— Conversation entre Lola Gonzàlez & Marie-Charlotte Anstett —
Photographies : © Pauline Rosen-Cros
Carton d’invitation: © Atelier Tout va bien
Sérigraphie papier: Collaboration avec le graphiste @Julian Lagoutte
«5 place de la halle 24 350 Lisle, France» Sérigraphie sur papier de LolaGonzàlez, 40 exemplaires, 2024
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